Jeudi, 25 mai 2017

Zebda au second tour

Dimanche 25 mars 2012

MUSIQUE Les Toulousains réunis jouent mardi à Annemasse.

On n’avait pas complètement perdu de vue Zebda: on suivait Magyd Cherfi au travers de ses livres et ses albums solo, tandis que Mouss et Hakim découvraient le devant de la scène avec leurs projets personnels (100% Collègues, l’album Origines contrôlées...). Mais on espérait quand même les voir se réunir un jour. Quel plaisir de retrouver toute la bande sur scène, toujours aussi énergique, avec ces morceaux qui ont bercé notre jeunesse sans prendre une ride, cet humour et ces slogans qui font mouche.
Un retour qui tombe d’autant plus à pic avec cette présidentielle, après cinq ans de sarkozysme, tant de choses à dire et personne pour les dire... Depuis la disparition discographique de Renaud, qui serait en mesure de chanter les scandales d’un quinquennat marqué par le retour du racisme au plus haut sommet de l’Etat? Hormis chez les rappeurs, la parole engagée se raréfie terriblement dans la chanson française...
Face à cette attente, qu’en est-il du nouvel album de Zebda, Second Tour (distr. Universal)? Les textes de Magyd Cherfi sont toujours aussi percutants, ciselés comme du Brel, même s’il le nie modestement dans «J’suis pas» et «Le Talent». Les rythmes sont toujours aussi entraînants, mélange de chanson française, de rock, de rap et de reggae. Les thèmes abordés sont profonds et abordent l’immigration sous des angles originaux et intimes: les choix de vie difficiles, le face-à-face avec l’éducation...

MANQUE DE SOUFFLE
Zebda excelle toujours dans l’usage du microscope. En revanche, le groupe déçoit lorsqu’il faut prendre du recul: pourquoi, par exemple, consacrer une chanson entière au voile islamique, c’est-à-dire tomber dans le piège tendu par ceux qui aimeraient voir ce thème vestimentaire devenir central dans la campagne électorale? Lors d’entretiens dans la presse, les membres de Zebda n’hésitent pas à dénoncer la montée de l’islamophobie en France, alors pourquoi pas en chansons? Violence policière, liquidation des services publics et de la retraite, cadeaux fiscaux faits aux riches: autant de sujets qui ne demandent qu’à être traités. En ces temps de révolutions dans le monde arabe et d’indignés de Madrid à New York, où est passé le souffle révolutionnaire de Zebda? Pas un mot contre la présence belliqueuse de la France en Afghanistan ou la démission de la communauté internationale en Palestine... Un bon disque de Zebda, donc, mais qui n’est malheureusement pas à la hauteur de l’actualité brûlante de notre époque.

 

En concert avec Alenko (GE) mardi 27 mars à 20h30 , Château Rouge, Annemasse (F). Rens. www.chateau-rouge.net

 
Le Courrier
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