Lundi, 20 novembre 2017

Une rencontre fortuite et poétique

Jeudi 12 avril 2012

THEATRE • Au Pullof, à Lausanne, Anne-Cécile Moser promène son public entre illusion et réalité: un séduisant parcours.

Le théâtre lausannois Pulloff a accueilli, durant la dernière quinzaine de mars, la nouvelle création d’Anne-Cécile Moser: Ciao, Papà! Comme discrète toile de fond, on devine la réalité sociale de l’Italie contemporaine, un des points communs entre les trois œuvres composant le triptyque de Domenico Carli – auteur, comédien et metteur en scène d’origine italienne arrivé en Suisse à l’âge de cinq ans. Son écriture théâtrale est généreuse et nourrie d’un amour pour le cinéma.

Ciao, Papà! raconte l’histoire d’une rencontre fortuite dans un train. Riccardo Péres est un acteur au succès inconstant; séducteur aux amours confuses, il se rend dans les Pouilles pour un tournage. Son voyage sera perturbé par l’arrivée de Laura, une charmante avocate. Riccardo découvrira qu’elle est la fille de Rocco Patò, un homme dont il a incarné la vie au cinéma. Assassiné par la mafia, ce père absent était fermement engagé contre la corruption dans le sud de l’Italie. Laura va proposer au comédien de rejouer quelques scènes du film pour et avec elle, adolescente.
Théâtre dans le théâtre, Ciao, Papà! met en scène un subtil emboîtement d’un récit dans un autre. À travers les deux scènes du film que Riccardo accepte de jouer se dessine la thématique de la relation au père. Rapidement, l’interprétation de Riccardo n’est plus un jeu mais permet de mettre en relief un manque à combler. Le glissement entre illusion et réalité est palpable et confère au propos une dimension poétique d’une grande finesse. Le jeu est métaphore, Laura s’égare et laisse parler son inconscient alors que Riccardo, inquiet, perd ses repères et tente de mettre fin à l’illusion.
Le spectateur quant à lui n’échappe pas à la contagion, un questionnement sur le rapport à la fiction lui étant offert à travers l’expérience vécue au fil de la pièce. Peu à peu les limites deviennent floues et on oublie Laura la jeune femme pour découvrir une adolescente face à son père. Et la mise en abîme, ou «tromperie», de devenir un outil pour mettre à nu certaines vérités.
Simple mais soignée, la scénographie laisse apercevoir deux fauteuils, une fenêtre et quelques panneaux amovibles. Rappel permanent du cadre de l’histoire première, elle permet un voyage hors du temps qui se déconstruit pourtant au fil du récit.

Anne-Cécile Moser parvient ainsi à donner vie aux riches propositions de Domenico Carli. Elle conjugue les différents plans narratifs, mêle passé et présent dans un subtil jeu de va-et-vient. Les comédiens, Shin Iglesias et Marco Facchino, incarnent avec talent des personnages pluriels et leur belle interprétation livre poésie et intensité au propos.
Dès le 26 avril, Ciao, Papà! entame un généreux périple dans plusieurs salles romandes. À noter encore, la possibilité de découvrir une lecture laboratoire d’Ave Maria, second volet du triptyque, qui évoque la relation mère-fille, le 25 avril au Théâtre de l’Echandole.

 

www.echandole.ch
Du 3 au 5 mai à Nuithonie, Fribourg. www.equilibre-nuithonie.ch
Le 9 mai au Théâtre du Pommier, Neuchâtel. www.ccn-pommier.ch
Le 11 mai au Théâtre Casino-La Grange, Le Locle. www.grange-casino.ch
Du 24 au 25 mai à la Salle des Hospitalières, Porrentruy. www.cultureporrentruy.ch
Rens. www.acmosercie.com

 
Le Courrier
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