Mardi, 25 juillet 2017

Kara au royaume des peuls

Mercredi 30 mai 2012
Kara Sylla Ka sera en concert ce vendredi au Chat Noir à Genève.
OLIVIER WAVRE

DISQUE • Retour en Afrique pour ce nouvel album du Sénégalais de Genève. Avec une série de concerts à la clé, au Chat Noir pour commencer.

«J’ai fait des rêves où j’allais au Mali. Quand je me réveillais, je ne comprenais pas pourquoi. J’en ai parlé à mon guide spirituel, qui m’a conseillé de suivre mon intuition.» Kara Sylla Ka – que tout le monde surnomme simplement Kara – est de retour avec un nouvel enregistrement, le cinquième, radicalement différent des précédents. Mali Notdimi (littéralement «Le Mali m’a appelé») est 100% peul et... 100% inspiré.
Les Peuls étant un peuple de bergers, leur ethnie s’est disséminée du Soudan au Mali. Chaque branche a développé ses caractéristiques, mais il reste un tronc culturel commun qui passe par une langue et par une musique. «J’ai voulu enregistrer l’hymne ‘Yero Mama’, parce que Yero Mama est un guerrier peul, un héros très important, notre Guillaume Tell à nous. Quand j’ai fait écouter ce thème archi-connu à mes amis sénégalais, ils ont à peine reconnu la chanson tant les arrangements étaient «maliens». Mais à la fin ils étaient impressionnés!»

Dernière leçon paternelle
Kara évoque d’autres sujets important: son combat contre certaines traditions comme l’excision et les mariages arrangés, ou l’importance de la terre natale. Ce retour aux sources du musicien sénégalais arrive à un tournant important de sa vie. Peu avant son départ pour Bamako, le père de Kara, un notable de Dakar, décède. Il avait exprimé le souhait d’être enterré dans sa terre d’origine. «Même en mourant, il a réussi à me donner une leçon. Car désormais, nous allons être obligé d’aller au moins une fois par année dans notre village pour lui rendre hommage.»
Logiquement Kara dédie à son géniteur un morceau de son album, le bien nommé «Baaba». Construit autour d’une intuition, Mali Notdimi a été réalisé au feeling. Lorsqu’il arrive à Bamako en avril 2011, Kara a deux adresses: le studio de Tiken Jah Fakoly, qu’il a rencontré alors qu’il ouvrait pour lui aux Docks en 2010. Et celle de Mama Cissoko, un guitariste avec lequel il a également sympathisé sur les bords du Léman, lors d’un concert de la chanteuse malienne Bako Dagnon. Accompagné de son fidèle complice et compatriote Barou Sall, il débarque dans la demeure de Mama Cissoko. «Mama s’est mis à jouer sur sa douze-cordes et, immédiatement, je me suis mis à fredonner la mélodie de «Mali Notdimi». Ça collait parfaitement. C’était magique!» se souvient Kara.

Ressourcé, libéré
Quelques jours plus tard, dans les studios de Tiken Jah Fakoly, l’enchantement est toujours au rendez-vous. D’excellents musiciens débarquent au gré des envies du «cousin» peul du Sénégal. Ainsi le violoniste Zoumana Tereta ou le flûtiste Moussa Diallo.
Face à ses illustres instrumentistes, Kara délaisse sa guitare au profit du chant. Ressourcé, libéré, sa voix douce scande cette réunion acoustique et intime. En à peine deux semaines, l’affaire est dans le sac et Kara revient avec ses bandes à Genève.

Internationale peule en route
Aujourd’hui, pour célébrer la sortie de cet album qui lui tient à cœur, Kara a fait venir du Mali Zoumana Terata et quelques autres musiciens africains de Paris. L’internationale peule est en route. Ne la ratez pas lorsqu’elle fera escale près de chez vous: pour commencer, à Carouge (GE) à deux reprises, ce week-end. Soirée vernissage au Chat Noir, ce vendredi dès 22h, à laquelle prendront part DJ Amina et Wasulu Selecta, puis le Festival Ethnopoly, samedi, à la Maison de quartier. D’autres dates romandes suivront dans la foulée.

 

Kara Sylla Ka, Mali Notdimi, distr. Lugeon. www.syllaka.com
> En concert: ce vendredi au Chat Noir, Carouge (GE). Sa 2 juin au Festival Ethnopoly, Maison de Quartier de Carouge (entrée libre). Di 3 juin, soutien à l’association Sénégalitaire, restaurant des Dents Vertes, Vounetz (FR). Sa 23 juin au Mombasa Island, Lausanne. Di 24 juin, Fête de la Musique, Genève, scène des Ateliers d’Ethnomusicologie.

 
Le Courrier
Vous devez être loggé pour poster des commentaires