Mercredi, 13 décembre 2017

Ne pas tirer sur l’ambulance

Mardi 05 décembre 2017

Le temps est venu de la grande lessive dans la politique suisse, embarrassée par les comportements qualifiés d’«inadéquats» du conseiller national Yannick Buttet (pdc/VS) – à savoir des cas de harcèlement sexuel.

Dans le sillage de l’affaire Weinstein et de l’élan #metoo (#moiaussi), on aurait pu s’attendre à ce que les femmes ayant subi ces dérives soient au cœur des débats de ces derniers jours. Que toute la classe politique se demande quel cadre social a mené à pareilles dérives. On constate que les interrogations vont surtout du côté des conséquences politiques de «la chute de l’enfant prodige du PDC». Ses collègues de parti «craignent pour la crédibilité des institutions», dénonçant un homme «indigne de siéger dans les instances dirigeantes du parti», relevant que «le Valais perd une voix à Berne».

A se demander qui, du PDC, du Valais, du Conseil national ou des femmes harcelées, est la réelle victime dans l’histoire. Ne nous trompons pas: l’élément central doit rester l’écoute des femmes, celles qui subissent des gestes déplacés et leurs conséquences. Celles qui se demandent comment elles vont sortir de tel apéro, de tel ascenseur, de telle soirée ou de chez elles sans qu’un homme ne se dise qu’il est dans son bon droit, en ne tenant pas compte de leur refus, en les ramenant au statut d’objet sexuel.

Au vu de la défense initiale de M. Buttet, qui a déclaré à la RTS que «la limite entre un geste inapproprié ou ‘lourd’ et du harcèlement est ténue et dépend de chaque personne», la remise en question de son comportement envers les femmes semble encore loin. Surtout lorsqu’il déclare avoir décidé de «suivre un traitement médical» pour «maîtriser sa consommation d’alcool». Un euphémisme pour une réflexion de fond sur sa relation aux femmes?

Mais il serait faux de ramener cette histoire à un seul homme. Le problème est bien le contexte général dans lequel ce conseiller national a agi. Plusieurs élues, anciennes ou actuelles, témoignent – souvent en off par crainte des conséquences pour leur carrière – d’actes inadmissibles de la part de leurs homologues masculins. Au pluriel. Il ne sert à rien de tirer sur l’ambulance, de se limiter au cas de Yannick Buttet. Lui et ses homologues doivent réaliser que des élus, chargés d’édicter des lois, ne peuvent se comporter en prédateurs. I

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