Mercredi, 13 décembre 2017

L’art et les courses

Lundi 27 novembre 2017

Les musées suisses attirent de plus en plus de visiteurs: en 2016, les 1108 institutions du pays ont enregistré 13,2 millions d’entrées, en hausse de 1,1 million, selon l’Office fédéral de la statistique. Une augmentation liée à plusieurs expositions temporaires très courues, de même qu’à l’ouverture de nouveaux lieux comme le Musée d’ethnographie de Genève.

Ces chiffres sont réjouissants, et peu importe si quelques propositions blockbuster tirent la statistique vers le haut: il faut de tout pour dessiner un paysage muséal digne de ce nom, y compris des expositions que le public ira voir en mode «mouton», pour la seule présence de certains grands noms – le plus souvent impressionnistes – au générique. Des accrochages qui ne font pas véritablement avancer l’histoire de l’art: souvent privés, les musées qui les proposent se limitent en général à emprunter le best of d’une grande collection; voire à acheter des parcours concoctés clé en main par des agences spécialisées.

Reste que les 100 000 visiteurs qui ont rendu visite à «Hodler, Monet et Munch» à la Fondation Gianadda cette année, voire les 290 000 allés saluer Monet à Beyeler au printemps, sont certainement repartis heureux. Aussi les visées ultimes de ces musées ne sont-elles pas vraiment discutables, au-delà de quelques salaires sans doute un brin indécents, notamment du côté de Bâle; ou des réguliers appels du pied politiciens que provoquent ces records d’entrées, pour que les structures publiques fassent elles aussi du chiffre – ceci au détriment de leur cahier des charges incluant pédagogie et travail scientifique.

Ce qu’on peut par contre juger discutable, c’est ce qui se passe aux portes de Genève, à Ferney-Voltaire, où une collaboration se dessine entre le Centre Pompidou, la Cité des sciences et un gigantesque espace commercial bientôt en construction. A défaut de musées à proprement parler, les deux institutions y auront un espace où elles proposeront des contenus et autres «expériences» aux nombreux clients de passage.

Ainsi, quarante ans après avoir révolutionné notre rapport à l’art contemporain, le Centre Pompidou accepte sans titiller de se poser en faire-valoir d’une énorme opération commerciale – il sera, avec son pendant scientifique, la plus-value qui devra convaincre le chaland suisse à fort pouvoir d’achat d’aller à Ferney plutôt qu’à Saint-Julien, Saint-Genis, etc. Ou quand la culture, devenue pur alibi, sert à fournir du «temps de cerveau disponible».

En lien avec cet article: 

Un peu d’art entre deux courses?

«Non, le Centre Pompidou n’arrive pas aux portes de Genève, ce n’est pas du tout ça...» Depuis le siège parisien du géant français de la culture contemporaine, le directeur de la communication Benoît Parayre ne cache pas sa surprise: plusieurs journaux français, de même que la Tribune de Genève, ont récemment annoncé l’ouverture à Ferney-Voltaire (F) d’une «troisième ...
 
Le Courrier
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Portrait de Pilou74

Discutable ?

Discutable ? Non, honteux, scandaleux et disons-le clairement, vulgaire !
Sortir l’art de ces temples de la jouissance esthétique que sont les musées pour le jeter en pâture à des beaufs venus remplir le coffre arrière de leurs 4X4 audi, c’est donner de la confiture à des cochons.
Pensez-vous sincèrement que des humanistes désintéressés tels que Bernard Arnault, François Pinaut ou Dmitri Rybolovlev auraient fait tout ce travail, en pure abnégation, pour rendre à l’art son rôle d’élévation de l’esprit si c’était pour le voir, au final, utilisé pour vendre des couches culottes ?
Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, l’art est fait pour être apprécié entre les achats d’un club de foot et d’une usine textile à restructurer, pas entre ceux d’un paquet de pâtes et d’un baril de lessive. Cette initiative est abjecte…