Vendredi, 15 décembre 2017

Pas de fusils d’assaut suisses au Yémen!

Jeudi 16 novembre 2017

L’industrie suisse d’armement réclame un élargissement législatif concernant l’exportation d’armes. Réaction d’Alain Bovard, d’Amnesty International.

Des entreprises suisses d’armement ont exprimé le souhait d’exporter leurs produits dans des pays qui connaissent des conflits armés intérieurs. La belle idée que voilà! Et si l’on envoyait quelques véhicules blindés – armés comme il se doit – au Soudan du Sud, des grenades à main en Syrie, des fusils d’assaut au Yémen et, tant qu’à faire, des pistolets d’ordonnance pour la police du Burundi, si réputée pour sa manière bien à elle de respecter les droits humains? Ce serait à coup sûr une façon efficace de relancer l’industrie guerrière, si rudement affectée par la crise, et de créer des emplois dans les zones sinistrées. Et tant pis si cela entraîne la perte de quelques centaines, voire quelques milliers de vies humaines. Ce ne serait là que des dommages collatéraux.

Mais la crise dans le domaine des exportations d’armes est-elle vraiment si dramatique? On nous permettra d’en douter lorsqu’on lit dans le rapport de gestion 2016 de RUAG que l’entreprise a «réalisé le chiffre d’affaires le plus élevé de toute son histoire» et que «les entrées de commandes ont également atteint des niveaux record».

Les entreprises de l’armement n’ont donc pas manqué de culot en s’adressant à la commission de politique de sécurité du Conseil d’Etat pour le demander de modifier notre législation, si restrictive, selon elles, qu’elle serait la cause de tous leurs maux. Il ne s’agit là certainement pas de la seule cause du prétendu marasme dans lequel baigneraient nos va-t-en-guerre. Il est vraisemblable que le franc fort et les coûts de production élevés jouent aussi leur rôle. Mais apparemment là n’est pas la question.

Ceci dit, les entreprises en question auraient eu tort de se priver puisque la commission va très prochainement les recevoir. Il y a fort à parier qu’une motion ou une initiative parlementaire ne vole prochainement au secours de RUAG, MOWAG et consorts.

Autre domaine, autres pratiques: Amnesty International demande depuis des années au Parlement d’introduire dans le Code pénal suisse une disposition interdisant formellement la torture; jamais encore nous n’avons été invités à faire part de nos doléances devant une commission parlementaire. Il est vrai qu’électoralement parlant le sujet n’est pas très porteur et que son impact économique est des plus limités! Ceci explique peut-être cela.

Nos parlementaires feraient bien de ne pas se laisser abuser par les jérémiades de l’industrie militaire. Notre pays ne doit pas cautionner ni se rendre complice des violations des droits humains et du droit international humanitaire, où qu’elles se produisent et quel que soit le prix à payer pour notre économie. Notre législation, si restrictive soit-elle dans ce domaine, ne le sera jamais assez quand on parle de crimes de guerre ou de génocide.

 

* Lobbyiste à la Section suisse d’Amnesty International.

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