Vendredi, 15 décembre 2017
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Prise en otage

Mercredi 15 novembre 2017

A moins d’une surprise, la Ville de Genève ne pourra démarrer 2018 avec un budget. L’administration devra donc fonctionner selon les douzièmes provisionnels. Mardi soir, la majorité (PDC-PLR-UDC-MCG) a décidé d’étudier le nouveau projet de budget de l’exécutif (à majorité de gauche) au sein de la commission des finances, mais aussi des commissions spécialisées. Ce qui, matériellement, ne devrait pas permettre d’achever le travail dans les délais légaux, soit le 9 décembre, jour du débat budgétaire.

Bien sûr, il est légitime que les élus ne se résignent pas à confier aux seuls commissaires aux finances l’examen en détail du budget, la plus importante compétence dont jouit le Conseil municipal. Il est aussi logique de prendre le temps de réaliser ce travail correctement.

Problème: cet argument est servi par les partis qui se disent avides de questions tout en ayant fait perdre deux mois de travail pour une pure question de posture. En septembre, ils ont en effet refusé la première copie de l’exécutif, jugeant le déficit de 20 millions de francs inacceptable. Pourtant, l’élaboration du budget est un processus. Chaque année, l’exécutif corrige début novembre sa première version en fonction des nouvelles prévisions fiscales. En l’occurrence, comme pronostiqué, les recettes en hausse ont permis d’équilibrer le budget. C’est donc en participant au processus qu’il convient d’émettre ses critiques, réserves et propositions de modifications. Et c’est à son terme qu’un refus peut éventuellement intervenir. Au risque, sinon, d’une prise en otage de la population, lassée du blocage politique en Ville de Genève, qui a déjà vécu les douzièmes provisionnels début 2017. Outre le dégât d’image, cela a énormément compliqué la tâche de l’administration et placé les entités subventionnées dans une très grande incertitude.

L’an passé, la majorité avait déjà souhaité prendre beaucoup de temps pour étudier le budget – pas assez bénéficiaire à son goût. Au sortir, cette droite élargie, qui réclame 50 millions de francs d’économie sur la législature, avait raboté la feuille de route de 2,5 malheureux millions sur près de 1,2 milliard de budget. Bref, la majorité a démontré son incapacité à concrétiser ses ambitions et à dessiner le moindre pourtour d’un quelconque projet politique. Si elle intime l’exécutif de gauche de tailler dans un prétendu gras – là où les finances sont saines et équilibrées –, la droite élargie n’a toujours pas dit précisément quelles politiques publiques elle souhaite réduire, voire supprimer. Ce qui permettrait de quitter les postures pour débattre d’objets concrets.

Pour 2018, saura-t-elle surmonter son incapacité à s’entendre et sa peur des urnes?

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Le Courrier
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