Lundi, 11 décembre 2017
ChroniquesÀ votre santé!Bernard Borel

Une épidémie de régimes alimentaires

Jeudi 19 octobre 2017

Depuis quelques années, on a tous un ami ou une connaissance qui est intolérant-e à un aliment. Les composants les plus souvent incriminés sont le gluten et le lactose, qui sont contenus dans ce que l’on peut considérer comme des aliments de base de notre nutrition en Suisse.

Il faut dire que l’intolérance au gluten – ou cœliaquie – est une maladie sérieuse qui attaque le tube digestif en diminuant sa surface d’absorption. Elle empêche ainsi la digestion normale des aliments, entraînant une perte de poids, des douleurs abdominales, des diarrhées ainsi que, chez les enfants, un possible ralentissement de la croissance. Le diagnostic se pose, après un examen de sang de présomption positif, par une gastro-duodénoscopie. Le traitement est une éviction complète de gluten – régime draconien, mais qui permet une récupération complète de la fonction intestinale.

Quant à l’intolérance au lactose, elle est due à l’absence d’une enzyme qui permet son absorption et elle provoque de fortes diarrhées. C’est sa forme congénitale qui est grave et qu’il faut savoir mettre en évidence, puisque l’aliment du tout-petit est uniquement lacté et qu’un changement de diète s’avère alors impératif. Mais nous avons tous tendance, à des rythmes qui nous sont propres, à sécréter de moins en moins de cette enzyme au cours de notre vie, et donc à tolérer moins bien les produits laitiers en prenant de l’âge.

Ces deux maladies sont pourtant trop souvent incriminées dans les douleurs abdominales – symptômes si fréquents, souvent mal caractérisés, et où la part psychosomatique joue un rôle. Et trop souvent, des thérapeutes, sur la base d’analyses coûteuses et non reconnues, voire au moyen de pendules ou d’autres méthodes dites «énergétiques», s’aventurent à prescrire des diètes compliquées, superflues et potentiellement délétères, du moins chez les enfants... Certes, nous sommes tous différents et, de tout temps, nous digérons les aliments différemment; il est donc facilement compréhensible que certains puissent être incommodés – et se sentir franchement malades – par des quantités de gluten ou de lactose que la majorité de la population tolère sans problème. Cela est aussi vrai des œufs et du chocolat, par exemple. Donc chacun peut et doit adapter sa diète à son rythme de vie et à sa constitution. Prendre du temps pour bien se nourrir est essentiel.
Là où la situation devient absurde, c’est quand l’industrie alimentaire, flairant l’occasion de faire du chiffre d’affaires, propose à grands coups de marketing des produits vendus nettement plus cher, avec les inscriptions en grosses lettres «sans lactose» et «sans gluten», brandies comme preuves de qualitésnécessaires à une bonne santé, reléguant le pain du boulanger (qui se doit même maintenant de proposer aussi du pain sans gluten!), les pâtes, les pizzas faites maison ou le lait du paysan voisin à des aliments potentiellement nocifs.

Il y a un effet de mode, sans conteste, comme a pu l’être la stigmatisation du gras, et maintenant aussi du sucre, dans laquelle des thérapeutes s’engouffrent et que des patients trop crédules suivent aveuglément. Il ne m’est pas rare d’avoir ce genre de situations en consultation, qu’il faut reprendre avec doigté et finesse, puisque notre rôle est d’accompagner et de conseiller, et non pas de juger les choix des familles.

Pourtant, ces «troubles alimentaires» et les douleurs qui y sont associées, dans la mesure où ils sont plus fréquents qu’il y a une génération dans nos pays, ne devraient-ils pas plutôt être analysés de manière plus holistique, comme l’expression d’un mal-être dans nos sociétés contemporaines, où la vie moderne ne laisse plus de temps à l’équilibre, certes toujours instable, du corps et de l’esprit? Et là, il est vrai que la médecine scientifique et somatique ne donne pas toujours des réponses adéquates et que les thérapies alternatives, avec leur lot de magie, répondent parfois mieux aux besoins globaux des gens: c’est là un des paradoxes!

 

* Pédiatre FMH et membre du comité E-Changer, ONG suisse romande de coopération.

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