Mardi, 24 octobre 2017
ÉditoBenito PerezRéférendum catalan

Une Catalogne libre dans une Espagne libérée

Dimanche 01 octobre 2017

Plus de dix mille policiers, arrivés de toute la péninsule, armés de gourdins, de lacrymos et de balles en caoutchouc, forçant l’entrée des bureaux de vote. Traînant des personnes âgées hors des locaux, saisissant leurs occupants par les cheveux, les jetant par terre voire dans un escalier, ou leur assénant de grands coups de botte dans la figure…

Le 1er octobre 2017 demeurera une journée noire dans l’histoire de l’Espagne qui déjà n’en manquait pas. Bulletins de vote contre force brute, difficile de ne pas entendre résonner l’écho du putsch du 18 juillet 1936, quand la droite catholique et centralisatrice avait tenté de renverser la jeune République progressiste et plurinationale. Ouvrant la voie à deux ans et demi de guerre civile et à quatre décennies de dictature. Un écho qui retentit particulièrement fort en Catalogne, puisque le franquisme y fut, plus encore qu’ailleurs, un long hiver culturel et identitaire.

Bien sûr, le gouvernement espagnol de 2017, s’il n’a pas totalement renoncé à la torture et à la censure, n’est pas la réincarnation du franquisme que certains décrivent ces jours-ci. Le pouvoir de Francisco Franco, ce furent, ne l’oublions pas, des milliers d’assassinats, de disparitions et d’incarcérations, le vol organisé de bébés, le bombardement de civils, l’exil forcé de millions d’Espagnols. Les dernières exécutions extrajudiciaires, dans ce pays, datent des années 1980 et d’un gouvernement socialiste, et non de Mariano Rajoy.

Reste que la brutale stupidité du Parti populaire (PP) au pouvoir à Madrid a de quoi laisser pantois, tant il renforce la légitimité du camp adverse. Au point que l’on ne puisse écarter le soupçon d’une stratégie visant à pousser une frange des indépendantistes vers des méthodes moins pacifiques et populaires. Or, si à court terme la ligne dure du PP peut lui apporter les faveurs de l’électorat le plus espagnoliste, la facture de la fracture nationale finira tôt ou tard par tomber.

Que va-t-il se passer maintenant? La fuite en avant proposée par les plus radicaux des deux camps – déclaration formelle d’indépendance et répression judiciaire contre les organisateurs du vote – est la voie la plus probable. Sans aucune sortie de crise à l’horizon.

Et puis il y a une autre voie, beaucoup plus étroite bien entendu, mais qui mérite d’être explorée. Elle verrait une renégociation des relations entre Barcelone et Madrid – l’Estatut – dont le produit serait mis en balance dans les urnes avec un référendum d’autodétermination concerté (majorité qualifiée?). Une solution qui passerait au préalable par de nouvelles élections nationales et un processus de réforme constitutionnelle, comme le proposent les forces de la gauche alternative espagnole et catalane.

Certes, la Constitution de 1978 a été verrouillée par ses créateurs néo- et post-franquistes, les 3/5 des élus des deux chambres étant nécessaires. Mais le projet de démocratisation de l’Etat né de la Transition serait autrement plus mobilisateur et fédérateur. Avec l’avantage d’apporter un nouveau souffle à tous les peuples d’Espagne, plutôt que de les dresser les uns contre les autres.

 
Le Courrier
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