Lundi, 23 octobre 2017

Projets climatiques aux dépens de la lutte contre la pauvreté

Jeudi 21 septembre 2017

Le changement climatique provoque une nouvelle pauvreté. La convention de l’ONU relative au climat demande des moyens additionnels pour les pays en voie de développement. Pourtant, le Conseil fédéral et la majorité du Parlement veulent puiser dans le budget actuel du développement pour financer les projets climatiques – aux dépens de programmes efficaces de lutte contre la pauvreté dans le monde.

Le changement climatique provoque une recrudescence constante de la fréquence et de la violence des événements météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur, les cyclones et les inondations. Dans les pays en développement, les conséquences de ces événements sont particulièrement dévastatrices. Souvent, les petits paysans perdent tout ce qu’ils possédaient et doivent recommencer à zéro.

Les responsables du changement climatique sont les pays riches, et la Suisse en fait partie. Ces pays doivent donner l’impulsion, partout dans le monde, de la transformation vers un développement apte à faire face au changement climatique, sans émissions de gaz à effet de serre.

Lors du Sommet de Paris en 2015, la communauté internationale s’est mise d’accord pour limiter le réchauffement climatique au-dessous du seuil de 2 degrés Celsius, et dans la mesure du possible, au-dessous de 1,5 degré. Les Etats de l’OCDE se sont en outre engagés à soutenir financièrement les pays en développement dans leurs efforts pour contrer le changement climatique. Ces fonds doivent financer des projets permettant aux pays pauvres et vulnérables au changement climatique de se développer durablement et de s’adapter aux conséquences du changement climatique.

Un changement climatique non maîtrisé rend la lutte contre la pauvreté plus difficile et crée de nouvelles pauvretés. C’est pourquoi il ne faut pas que les projets de protection du climat se fassent aux dépens de programmes efficaces et éprouvés de lutte contre la pauvreté. Caritas exige du Conseil fédéral qu’il applique une stratégie climatique ambitieuse et cohérente permettant d’atteindre la justice climatique. Cette stratégie comprend des efforts accrus en matière de protection du climat au sein du pays et des moyens additionnels à ceux consacrés au développement pour les projets climatiques internationaux.

En acceptant la stratégie énergétique 2050, la Suisse a fait un grand pas vers une politique énergétique durable. Mais cela ne suffit pas à atteindre l’objectif de réduire d’ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990. En 2015, cette réduction atteignait péniblement un petit 10%.

Le Parlement va se pencher prochainement sur le deuxième paquet de mesures de la stratégie pour l’après 2020. Le monde politique est divisé quant à la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le projet de révision de la loi sur le CO2, qui doit être traitée en 2018, ne suffit pas à cette mise en œuvre.

Le fait que le Conseil fédéral continue de compter pour une grande part sur les compensations à l’étranger pour calculer la réduction des émissions de gaz à effet de serre est particulièrement regrettable. La Suisse est un pays prospère et fortement internationalisé. Elle doit donc assumer ses responsabilités et respecter ses engagements internationaux. Le Conseil fédéral et le Parlement peuvent faire en sorte que la Suisse réduise ses émissions de gaz à effet de serre de 60% d’ici 2030 et de 100 % d’ici 2050.

Au vu de sa puissance économique et de sa responsabilité effective dans le réchauffement climatique global, la Suisse doit mobiliser au moins 1 milliard de francs par année au financement climatique. Pour répondre à cette obligation, et conformément au principe du pollueur-payeur, elle doit mettre en place de nouveaux mécanismes de financement sous la forme de taxes énergétiques, de consommation ou climatiques.

Les populations pauvres et vulnérables, les femmes et les enfants bénéficient surtout des mesures et projets d’adaptation moins importants et décentralisés concernant le changement environnemental dû au changement climatique. Il faut donc que la Suisse soutienne des projets nationaux d’approvisionnement énergétique durable ainsi que des méthodes d’agriculture résistant au changement climatique, des programmes de reboisement, de protection des côtes et d’endiguement et des systèmes de prévention précoce.

Enfin, la Suisse peut s’engager pour que le financement climatique atteigne le niveau local de manière plus simple et plus rapide et qu’il soit mieux pris en compte dans les projets climatiques. Lorsque les organisations de la société civile ont la possibilité de prendre leur part de responsabilité, les projets s’inscrivent mieux dans la société et sont donc plus durables.

 

* Responsable du Service de politique du développement, Caritas Suisse.

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