Samedi, 21 octobre 2017

Le Tessinois Ignazio Cassis élu au Conseil fédéral

Mercredi 20 septembre 2017
Ignacio Cassis a largement emporté mercredi matin l'élection au Conseil fédéral.
Charly Rappo / La Liberté

Avec 125 voix, le PLR tessinois a distancé ses concurrents Pierre Maudet (90 voix) et Isabelle Moret (28).

Le successeur de Didier Burkhalter au Conseil fédéral est Ignazio Cassis. Le Tessinois a été élu mercredi à l’issue du 2e tour de scrutin avec 125 voix sur 244 bulletins valables. Après avoir prêté serment, il a salué ses nouveaux collègues au gouvernement. Alors que dans les couloirs du Palais fédéral et ailleurs, les commentaires allaient bon train.

M. Cassis a été élu devant les autres candidats présentés par le PLR, le Genevois Pierre Maudet, qui a reçu 90 voix, et la Vaudoise Isabelle Moret, 28 voix. Après l’annonce des résultats, le Tessinois s’est empressé d’aller saluer ses concurrents. Tout sourire, M. Cassis enchaînait déjà les poignées de mains dans la salle du Conseil national avant le premier tour de scrutin.

Une fois passé le moment d’euphorie ayant suivi son élection, M. Cassis s’est adressé à la tribune en italien aux parlementaires, puis en français. «Je veux forger au gouvernement une unité plus forte encore que celle de notre pays», a-t-il dit. Il a accepté son élection avec «une grande joie et un immense respect», avant de prêter serment en italien, en levant trois doigts de sa main droite.

M. Cassis voit dans son élection au gouvernement la reconnaissance des problèmes auxquels les régions frontalières, comme le Tessin, sont confrontées. Dans son discours, Ignazio Cassis a aussi fait l’éloge de la différence. Citant Rosa Luxembourg, il a rappelé que la «liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement».

Place ensuite à la traditionnelle marche dans les couloirs du Palais fédéral. Ignazio Cassis a été guidé par le porte-parole du gouvernement André Simonazzi jusque devant ses nouveaux collègues, avant les premières photos du nouveau Conseil fédéral au complet.

Une «unité claire»

Réunis dans un restaurant bernois, une centaine de membres du PLR tessinois ont réagi par des cris de joie à l’élection d’Ignazio Cassis au Conseil fédéral. Les gens scandaient «Ignazio, Ignazio, Ignazio!» Certains sont montés sur des chaises, le poing levé. Et quelques admirateurs de M. Cassis se sont mis à danser la polka.

Le PDC s’est lui félicité du retour d’un Tessinois au Conseil fédéral. Il attend du nouvel élu qu’il se tienne au principe de collégialité, dépasse les clivages partisans et soit un bâtisseur de ponts. «On est content que ce soit passé rapidement avec une unité claire pour que la constitution soit respectée», a déclaré à l’issue de l’élection Filippo Lombardo (PDC/TI).

Pour Robert Cramer (Verts/GE), l’élection était cousue de fil blanc. «Le PLR n’avait qu’un seul candidat: les chiffres du vote le montrent», a-t-il déclaré à l’ats.

Dans une réaction à chaud, le conseiller national Manuel Tornare (PS/GE) a pour sa part clamé sa déception: «Ignazio Cassis est l’homme lige de l’UDC et va changer les équilibres au Conseil fédéral.» D’après lui, le Tessinois n’est ni bon pour le social, ni bon pour les liens avec l’UE ou la question de l’immigration.

En tête dès le départ

A la fin du 1er tour de scrutin, il ne manquait déjà que 13 voix à M. Cassis pour avoir la majorité absolue et être élu. Il avait recueilli 109 voix, contre 62 pour Pierre Maudet et 55 pour Isabelle Moret. Seize parlementaires avaient désigné d’autres personnes, bien qu’aucun candidat «sauvage» n’ait émergé. Au 2e tour, un seul bulletin désignait une personne autre que les candidats officiels.

L’élection se déroulait comme de coutume à bulletins secrets. La procédure prévoyait que lors des deux premiers tours, dits libres, les parlementaires pouvaient écrire le nom qu’ils souhaitaient sur leur bulletin. Dès le troisième, aucune nouvelle candidature n’aurait été admise.

Ignazio Cassis est le 117e conseiller fédéral de Suisse. Quatre autres conseillers fédéraux ont été élus dès le 2e tour de scrutin depuis 1959. Ignazio Cassis a fait le même score qu’Eveline Widmer-Schlumpf en 2007. Alain Berset avait obtenu 126 voix en 2011 et Hans-Rudolf Merz 127 en 2003. Adolf Ogi les avaient tous dépassés avec 132 voix en 1987.

Isabelle Moret satisfaite

La victoire haut la main de M. Cassis, 56 ans, n’est pas une surprise. De nombreux parlementaires reconnaissent au Tessin le droit d’être à nouveau représenté au gouvernement, après le départ de Flavio Cotti il y a 18 ans.

Le conseiller national tessinois avait les faveurs d’une partie de l’UDC. Les Verts avaient indiqué qu’ils soutiendraient «majoritairement» Isabelle Moret, 46 ans. Le PDC et les Vert’libéraux, refusant de trancher, laissaient la liberté de vote. Le PS était lui resté désuni jusqu’au moment de l’élection.

La perspective d’un Conseil fédéral avec une seule femme, après le retrait de Doris Leuthard en 2019 au plus tard, avait donné de l’élan à Isabelle Moret, mais elle a dû faire face à de nombreuses critiques. Interrogée, la candidate défaite s’est dite satisfaite de sa campagne. Il était important de thématiser la candidature des femmes. «La question d’une femme PLR au Conseil fédéral va revenir sur le tapis», a-t-elle assuré.

Départements en question

Quant à Pierre Maudet, 39 ans, encore inconnu il y a peu sous la Coupole fédérale, il a mené une campagne intensive auprès des parlementaires fédéraux. Le PLR Genève s’est dit mercredi fier de son parcours. «Il a mené une campagne positive, portant des sujets importants. Il a fait un beau score», a relevé le président du parti cantonal Alexandre de Senarclens. «Nous sommes extrêmement déçus.»

Le nouveau conseiller fédéral Ignazio Cassis reprendra un des départements, celui des affaires étrangères ou un autre, si un de ses collègues décide de changer. La décision devrait être prise vendredi.

Avant de trancher entre les trois candidats, l’Assemblée fédérale avait reçu le collège gouvernemental pour prendre congé de M. Burkhalter. Visiblement ému, le Neuchâtelois a remercié les parlementaires pour leur confiance. «Je respecte le ton de vos motions, même si aujourd’hui je préfère le ton de l’émotion», a-t-il dit. Après une ovation debout, M. Burkhalter a quitté la salle le temps du scrutin, en compagnie des autres conseillers fédéraux.

En lien avec cet article: 

La droite fait un pas en avant

Cela faisait 18 ans que l’on n’avait plus entendu un conseiller fédéral s’exprimer autant en italien. A peine élu, le Tessinois Ignazio Cassis n’a pas manqué l’occasion de mettre en avant son «italianité», que ce soit pour remercier le parlement de son élection ou, quelques heures plus tard, pour s’adresser à la presse. Et tant pis si tous ne comprennent ...

Comme du papier à musique

Emballé, c’est plié! Il n’a fallu que deux tours de scrutin à Ignazio Cassis pour l’emporter face à la Vaudoise Isabelle Moret et au Genevois Pierre Maudet. C’est donc un Tessinois qui succède au Neuchâtelois Didier Burkhalter. Plusieurs éléments peuvent expliquer ce choix quasi naturel, même si un espace a été ménagé pour permettre aux deux outsiders de sauver la face. Tout ...
Vous devez être loggé pour poster des commentaires