Mercredi, 20 septembre 2017

PV 2020, le compte n’y est pas

Vendredi 08 septembre 2017

Une nervosité certaine règne au sein de la gauche institutionnelle à l’approche du vote du 24 septembre. Les Suisses donneront leur avis sur la réforme Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020). Initialement présentée sous le sobriquet de «Paquet Berset», elle prévoit certaines améliorations – dont la plus notable est l’augmentation des rentes AVS de 70 francs par mois pour les nouveaux retraités. Mais aussi une régression de taille: l’âge de la retraite des femmes passerait de 64 à 65 ans!

Tout se passe comme si le PS, dont la direction soutient la réforme envers et contre tout, avait l’impression de jouer sa place au Conseil fédéral ou de partenaire fiable au sein du système politique fédéral. Ce qui est un peu court: admettons que les élus du bloc rose-vert-pdc aux Chambre se sont bien battus, arrachant certaines concessions. Reste qu’à l’arrivée, le compte n’y est pas. La question qui fâche doit pouvoir être posée: est-il acceptable d’augmenter l’âge de la retraite des femmes? La réponse est clairement non. Pour au moins deux raisons.

Les femmes assurent encore et toujours le gros des tâches ménagères, de l’éducation des enfants ou du soutien aux aînés, tâches non rémunérées qui représentent des milliards et maintiennent nombre d’entre elles dans des emplois à temps partiel, ce qui grève d’autant leurs retraites. Sans oublier l’inégalité salariale crasse qui se réduit à pas de fourmis.

Plus globalement, le plan Berset va à l’encontre de certains fondamentaux. Voyant la situation des cinquante ans et plus sur le marché du travail, l’année supplémentaire que l’on veut imposer à la moitié de notre population correspondra dans bien des cas à une année de chômage. Bloquant par ailleurs l’accès au marché du travail pour les jeunes. L’avenir est à la réduction du temps de travail, pas à son allongement.

Le tout au nom d’un hypothétique principe de réalisme: si ce n’est pas PV 2020 qui passe, ce sera pire, nous affirme-t-on. Cela illustre surtout un défaitisme de ceux qui nous assènent ces leçons, une incapacité à ouvrir le champ des possibles et à imaginer des luttes sur le terrain, hors du jeu institutionnel, là où pourtant se construisent les rapports sociaux.

En lien avec cet article: 

La gauche déchirée sur la réforme des retraites

La votation du 24 septembre sur l’avenir des retraites a viré au crève-cœur pour la gauche politique et syndicale: si cette réforme prévoit certaines avancées, dont une augmentation de 70 francs de la rente AVS pour les nouveaux retraité-e-s, elle implique aussi un relèvement de 64 à 65 ans de l’âge de la retraite pour les femmes. Ce qui a provoqué un référendum. Le Courrier ...
 
Le Courrier
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Portrait de huguespoltier

Re: le "NON" de gauche: vers un auto-goal?

Sur le fond d'accord avec vous.
Sur le plan politique, le non, s'il l'emporte, aura pour issue plus que probable, à terme, la victoire du "non de droite".

Il n'a échappé à personne qu'UDC et PLR sont vent debout contre PV2020, avec des motifs exactement opposés à ceux que vous avancez: PV2020 est insoutenable économiquement serinent-ils, s-e : il faut encore plus couper dans les prestations (tjrs la même chanson: sauver les politiques sociales en en diminuant les coûts, insoutenables déjà aujourd'hui ou sinon demain).

Il n'échappe à personne non plus qu'en cas de non, la "gauche de la gauche" est absente du parlement fédéral. Partant, qu'en cas de renégociation du paquet PV au parlement consécutif à une victoire du non, seul le non de droite y sera représenté.
La probabilité, alors, qu'on ait la réforme PLR-UDC plutôt que le paquet Berset s'approche de 1.
Et là, nul doute que la nouvelle réforme PV qui sortira sera bien plus féroce pour l'immense majorité de la population.

Bien sûr, on peut penser que Berset n'est pas très à gauche. Difficile de porter un jugement sur ce point. Le problème n'est pas le ministre socialiste, quoi qu'il en soit. Le problème est le rapport de forces au parlement fédéral. On rappellera tout de même à nos amis "de gauche" (on présume que le lecteur du Courrier l'est, tendanciellement) que c'est le parlement qui adopte les lois et qu'on voit mal un parlement de droite adopter un projet franchement de gauche … comme celui auquel appellent de leurs voeux les opposants de la gauche de la gauche à PV2020.
En clair, il n'est pas interdit de penser que PV2020 est le projet le plus "équilibré" qu'il était possible à A. Berset de faire adopter par le parlement, au vu de sa composition présente.

Ce disant, je ne dis nullement que le contenu du projet me ravit, loin de là. Encore une fois, sur le fond, je partage entièrement votre critique.

Politiquement, je crains, très sérieusement, très fortement, que si le non l'emporte, la version finale qui en sortira résultera de la semaison UDC-PLR. Et que ça sera très sensiblement, voire franchement pire que la présente proposition de réforme.
Et croire, au vu du rapport de forces politique présent que la gauche de gauche sera en mesure de s'y opposer pourrait bien être un rêve de toute puissance.
Bien sûr, faire de la politique, c'est bien toujours fantasmer, se projeter dans un idéal qu'on poursuit et pour lequel on s'engage. En l'espèce,cependant, le prix de ce fantasme pourrait bien de récolter une PV à la mode PLR-UDC.
Evidemment, on peut objecter à ces remarques qu'elles sont animées par la peur. Je ne peux le contredire. A quoi j'ajouterai que, dans le contexte présent, nous avons bien des raisons d'avoir peur: sur l'agenda des forces politiques dominantes, pas seulement en Suisse, les politiques de régression sociale sont la priorité n° 1. Voyez Macron, Cameron-May, Schröder-Merkel, Renzi, Rajoy et j'en passe.
Et rien n'annonce que ces forces politiques perdent la faveur des électorats. En Suisse, pas plus qu'ailleurs.