Vendredi, 24 novembre 2017
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Planquez-vous, les filles!

Mardi 29 août 2017

Vaste débat que la tenue vestimentaire des filles. Une école de Vallorbe vient de s’y lancer, par un code vestimentaire qui réserve la majeure partie de ses attentions aux tenues féminines. Il insiste sur les leggings, les trous au-dessus des genoux, les dos nus, les ventres nus, les décolletés devant ou derrière... Un code non genré indiquant tant aux filles qu’aux garçons que laisser trop de chair apparaître à un âge où les hormones sont en ébullition n’aurait-il pas été préférable?

De la peau. Des formes. Trop de peau, trop de formes. Combien de femmes se demandent-elles au quotidien si leur tenue n’est pas «trop»? Trop décolletée, trop serrée, trop voyante, trop aguicheuse, trop courte? Puis-je me baisser avec cette jupe? Les boutons de ce chemisier ne sont-ils pas trop espacés? Mince, la bretelle du soutien-gorge dépasse.

Ces questions, fréquentes dans la vie en société, s’imposent très tôt aux filles. À un âge où il vaudrait mieux pour elles réfléchir aux derniers mots de vocabulaire à mémoriser ou au dernier devoir à finaliser, la tenue peut prendre une place démesurée. Et pour cause! Les filles subissent au quotidien des injonctions affirmant que l’habillement – «sexy mais pas trop» avec toutes les absurdités que cela comporte – est essentiel. Les magazines de mode. Les clips. La télévision. La publicité – pour vendre de la lingerie autant que du vin ou des voitures, à grands renforts de formes féminines. Dès l’enfance, ces étalages de la femme-objet impriment les rétines des filles sans leur livrer les clés pour décrypter les codes sexistes, machistes et patriarcaux.

Les voilà donc coincées entre les injonctions à exhiber leurs corps et celles qui proscrivent les attitudes aguicheuses. Sous peine de quoi? D’un renvoi à la maison pour se changer dans le meilleur des cas. De voir des garçons ou des hommes peiner à se maîtriser devant tant de chair dénudée dans les pires. Pour chaque parent qui aura émis le fameux «tu ne vas pas sortir comme ça?» à son adolescente, combien pour rappeler au fils qu’un tissu court ne vaut pas pour consentement?

Tout cela s’apprend dès l’école. Dont la vocation première devrait être de remplir les têtes et non de contrôler la taille des jupes. Voire, pourquoi pas, de préparer à la compréhension des enjeux autour de la taille des jupes. Un code vestimentaire ne sert à rien s’il n’est pas accompagné d’un décryptage de la sexualisation des corps des filles dans la société.

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