Lundi, 20 novembre 2017
ChroniquesÀ votre santé!Bernard Borel

La jungle des primes maladie et le Tarmed pèsent sur les relations patient-médecin

Jeudi 24 août 2017

Récemment, lors d’une «conversation de bistrot», un ami nous parlait de ses déboires avec les médecins. Il avait dû consulter son «médecin de famille» pour une maladie aigüe qui durait un peu trop: il avait reçu un traitement qui l’avait remit sur pied et, sur le moment, n’avait pas voulu d’un certificat d’arrêt de travail puisqu’il était au chômage. Trois jours plus tard, il se ravise, ayant eu un entretien avec son conseiller de l’office de placement. Il demande par téléphone ledit certificat qu’il obtient rapidement, mais qui lui est facturé, ce qu’il conteste. Son médecin lui répond alors par courrier qu’il n’a pas le temps pour ce genre de broutille, qu’il annule cette facture, mais qu’il demande à mon ami de changer de médecin de famille, considérant que le lien de confiance est rompu.

Dès lors, mon ami, dont la franchise d’assurance-maladie s’élève à 2500 francs avec, en plus, l’option «médecin de famille», moins onéreuse compte tenu de son statut actuellement précaire, doit rechercher un autre médecin de premier recours. Il contacte un cabinet de groupe, installé tout près de chez lui. Cependant, les trois internistes disponibles on pour exigence de convenir d’un rendez-vous pour apprendre à se connaître et faire un bilan de santé. Comme mon ami se considère en bonne santé et ne veut pas débourser le prix d’une consultation (qui serait à sa charge, puisque la franchise n’est pas atteinte) chez un nouveau praticien, il refuse et se retrouve donc sans médecin de référence en cas de pépin, au risque de devoir se rendre aux urgences d’un hôpital dans le cas un nouvel épisode de santé aigu, mais bénin!

Ce fait divers en deux actes est révélateur des limites du système de financement de la médecine ambulatoire en Suisse, touchant à l’absurde, et ne répondant pas à certains des impératifs de santé publique.

Le Tarmed, qui régit la manière dont les médecins peuvent se faire payer par les assurances de base pour les prestations accomplies, est assez opaque et se révèle ardu à comprendre. Il ne permet que difficilement de facturer le temps passé avec le patient – pourtant si nécessaire – sans parler du temps consacré à la prévention ou à la promotion de la santé – bien que de nombreuses études démontrent l’impact réel de ces mesures délivrées au cabinet par un médecin de confiance. En revanche, le Tarmed tolère très bien la facturation de prestations pour une ordonnance envoyée par courrier, ou pour un certificat médical rempli le jour même de la consultation, voire quelques jours plus tard. Donc, si le médecin veut bien faire son travail, il doit parfois facturer des «points» acceptés par les caisses maladie pour compenser le temps non facturable… le tout étant de rester dans des limites éthiquement défendables (des dérives sont évidemment possibles…). Il devrait être envisageable d’expliquer ces démarches au patient, en droit de demander à comprendre comment la facture du médecin a été établie…

Les primes maladie sont si chères que plus d’un quart de la population a besoin de subsides de la part des pouvoirs publics pour les payer. Pour les autres assurés, la tentation est grande de prendre une franchise importante et d’accepter des contraintes (comme la nécessité de passer d’abord par un médecin de famille avant d’aller chez un spécialiste). Ces options diminuent notablement le coût des primes aussi longtemps que l’on est en bonne santé, mais amoindrissent l’aspect solidaire de l’assurance.

De fait, avoir pour contrainte de consulter un «médecin de famille», cela dans l’unique but de payer une prime plus basse, ne tient pas compte du fait que les soins prodigués et l’accompagnement lors de moments difficiles seront de meilleure qualité si le soignant connaît son patient. Par ailleurs, de nombreux examens para-cliniques pourront ainsi être évités, diminuant non seulement les coûts secondaires, mais aussi le nombre d’investigations diverses, parfois douloureuses, pénibles et souvent inutiles. Le lien entre le patient et son médecin contribue également à désengorger les services d’urgences des hôpitaux, qui n’excellent que dans l’urgence vitale alors qu’ils sont sollicités, en partie pour les raisons énoncées, dans des situations ne relevant à priori pas de leurs compétences.

A l’heure de redéfinir le Tarmed, et dans le contexte d’une réflexion sur le fi-nancement des soins, l’objectif devrait être de mettre le patient et la santé publique au centre des discussions. D’autant qu’une étude récente réalisée par l’OFSP démontre qu’un quart des Suisses – comme mon ami – aurait renoncé à une visite médicale pour des raisons de coûts en 2016!

 

Pédiatre FMH et membre du comité E-Changer, ONG suisse romande de coopération.

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