Lundi, 11 décembre 2017

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Vendredi 04 août 2017

Un couple de lecteurs commande un texte qui mette en dialogue un bateau de la CGN et une embarcation de migrants en Méditerranée.

Quand je mange à la buvette des Pâquis, je pense aux Erythréens qui meurent de faim. Quand je vogue sur le Léman, je pense aux embarcations de migrants. Quand je m’endors sur mon matelas en fibres naturelles de coco, je pense aux sans-abris sur leurs cartons humides. Et puis, je ferme les yeux. Dans mes rêves, je tends la main à ceux qui se noient, à ceux qui ont faim, à ceux qui ont froid et ceux qui ont trop chaud, à ceux qui sont seuls et qui ne sourient plus.

Le réveil sonne. En pilote automatique, je me dirige vers la machine à café, j’appuie sur le bouton. Je pense aux enfants qui travaillent pour des multinationales. J’éteins la machine. Je jette le café dans l’évier. Marée noire. Je veux me laver. La douche est chaude, je pense à l’eau du Gange, les corps qui flottent et le mien. Je m’habille, il fait beau, vêtements légers fabriqués par des femmes sous-payées au Bangladesh. Je marche jusqu’au tram, je saute dans le 12, j’écris un message sur mon iPhone 6, je pense à l’obsolescence programmée, aux enfants ghanéens qui jouent dans les décharges à ciel ouvert, sur les tas de batteries amoncelées. Je range mon téléphone, je regarde l’écran où alternent publicités et itinéraire de la ligne, à 70 km d’ici la centrale nucléaire du Bugey, prochain arrêt Plainpalais, je descends.

Je regarde la statue de l’homme avec sa valise, je me demande combien de trams il a vu passer. Je me demande la même chose pour moi, et combien de trams encore. Parce que si lui est de bronze, je ne resterai pas de marbre. CF

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