Samedi, 23 septembre 2017

Rock sans conscience

Vendredi 14 juillet 2017

La pression monte à l’approche du concert que Radiohead a prévu de donner à Tel Aviv le 19 juillet. Depuis l’annonce de cette date, la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) a tenté par tous les moyens de l’en dissuader. De nombreux artistes et intellectuels de premier plan se sont adressés publiquement à Thom Yorke et à son groupe.

A commencer par Roger Waters, ancien chanteur de Pink Floyd et auteur de The Wall, avocat acharné du boycott culturel et académique de l’Etat hébreu. Mais aussi Ken Loach: le cinéaste s’est fendu d’une lettre ouverte dans The Independant, réitérant l’appel à respecter le boycott demandé par les Palestiniens et les Israéliens opposés à la colonisation. Il a enjoint Radiohead à engager le dialogue avec BDS et les représentants de la société civile palestinienne1.

Ce à quoi le groupe se refuse obstinément. Thom Yorke n’a pas caché son irritation face aux drapeaux palestiniens brandis lors d’un récent festival à Glasgow (il a même adressé un doigt d’honneur aux militants). Son tweet en réponse à Ken Loach a été lapidaire: jouer en Israël n’équivaudrait pas à cautionner son gouvernement. «Nous ne soutenons pas plus Netanyahu que Trump, mais nous jouons toujours en Amérique.»

Surprenant, consternant, le manque de sens politique de Radiohead dans cette affaire. Censé représenter une certaine conscience de gauche dans la pop music, n’hésitant pas à s’exprimer sur les enjeux de société et affichant farouchement son indépendance, le groupe britannique fait ici mine d’oublier certains principes élémentaires. D’abord, que le boycott n’est ni nouveau ni moins légitime qu’un autre moyen d’action politique. Justifié du temps de l’apartheid en Afrique du Sud, il ne le serait pas à l’endroit d’Israël, qui ignore sciemment toutes les condamnations et les rappels à ses obligations internationales?

La question n’est pas de savoir si les Etats-Unis (ou la France, ou même la Suisse) sont immaculés en matière de droits humains. Le respect de ces derniers étant l’objet d’une lutte perpétuelle, un idéal à atteindre. L’enjeu est autre: il s’agit d’entendre l’appel des Palestiniens à soutenir leur combat contre l’occupation et la colonisation par un boycott qui délégitime les efforts d’Israël pour apparaître comme un Etat «comme un autre», démocratique et respectable.

«Radiohead doit décider s’il est du côté de l’oppresseur ou de l’oppressé. Le choix est simple», résume Ken Loach. Le rock, pas plus que l’économie ou les échanges académiques, ne saurait se laver les mains d’une telle exigence.

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