Samedi, 23 septembre 2017

«Oui au renforcement de l’AVS»

Mercredi 28 juin 2017

Selon Vasco Pedrina, ancien coprésident d’Unia, les frondeurs de gauche contre la réforme Prévoyance vieillesse 2020 portent des accusations injustifiées sur le projet.

Les accusations des promoteurs du référendum de gauche contre le projet Prévoyance 2020 contre tous les syndicats nationaux, le Parti socialiste suisse et les Verts – qui appellent à voter oui à cette réforme lors du vote du 24 septembre prochain – sont massives et fort moralisantes. Sont-elles pour autant justifiées? Non, pas du tout, si l’on examine objectivement les avantages et les inconvénients concrets de cette réforme, sans ignorer
le contexte politique dans lequel elle se situe.

Les partisans du référendum dénoncent surtout le relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier. Le relèvement de l’âge de la retraite des femmes est effectivement difficile à avaler. Par contre, l’abaissement du taux de conversion est déjà une réalité pour la plupart des salarié-e-s. Les caisses de pension ont ramené depuis quelque temps déjà à 6%, voire moins, le taux de conversion pour la part surobligatoire des rentes. La vraie question est donc de savoir quelle est la compensation envisagée. Les améliorations suivantes sont prévues, dont une partie n’est jamais mentionnée par les partisans du rejet de la réforme:

• première hausse en valeur réelle des rentes AVS en quarante ans: les futurs retraité-e-s recevront au minimum 840 francs de plus par an, et les couples entre 1680 et 2712 francs de plus. Il s’agit d’une amélioration substantielle, que seules des personnes bien payées et bien assurées peuvent ridiculiser. Les très nombreuses femmes n’ayant pas de rente ou une faible rente LPP seront parmi les principales bénéficiaires;
• meilleures rentes en cas d’activité à temps partiel. Les femmes surtout en profiteront;
• garantie des droits acquis en matière de rentes LPP pour tout le monde dès 45 ans. Pour les jeunes, un renforcement du processus d’épargne préviendra une baisse des rentes. A cela s’ajoute le nouveau supplément majorant les rentes AVS;
• nouvelle possibilité pour les salarié-e-s âgés perdant leur emploi après 58 ans de rester dans leur caisse de pension. Cette mesure s’avère cruciale, au vu de la situation actuelle du marché du travail!;
• cette dernière amélioration est aussi en faveur des préretraités de la construction ainsi que des arts et métiers. Si la réforme échoue, la majorité d’entre eux perdront plus de 10% de leur rente transitoire.

Un oui à la PV 2020 signifie de surcroît – et c’est vital – assurer des chiffres noirs pour l’AVS et stabiliser le financement du 2e pilier, en tout cas jusqu’en l’an 2030. Cela profitera à tous les retraité-e-s!

Le fonds AVS obtiendra-t-il le milliard de francs des 0,3% de TVA réservés actuellement à titre transitoire à l’AI, qui seront dès le 1er janvier 2018 perdus pour nos assurances sociales si la réforme est refusée? Veut-on ensuite assurer le financement des rentes de la génération du baby-boom avec un modeste relèvement de seulement 0,3% de TVA dès 2021, pour au moins dix ans? Ce sont les questions auxquelles le peuple aura à répondre le 24 septembre.

Or, priver l’AVS de cet argent serait irresponsable et n’apporterait de l’eau au moulin qu’aux seules associations patronales nationales, au PLR et à l’UDC, dont l’objectif est de plonger l’AVS dans une grave crise financière, pour parvenir enfin à réaliser leur rêve: la retraite à 67 ans pour tous et un affaiblissement de notre 1er pilier. N’est-ce pas être obnubilé idéologiquement ou mal intentionné que de vouloir faire croire qu’un non à Prévoyance vieillesse 2020 ouvrira la voie à des lendemains qui chantent pour les retraités de ce pays? En tant que syndicaliste qui s’est battu pendant toute sa vie pour les intérêts des salarié-e-s, je me pose sérieusement la question.

 

* Ancien coprésident du syndicat Unia.

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Portrait de vgerber

N'ayons pas peur du futur

Cher M. Pedrina,

Votre argument final va malheureusement dans le mauvais sens.

Vous dites : "Or, priver l’AVS de cet argent serait irresponsable et n’apporterait de l’eau au moulin qu’aux seules associations patronales nationales, au PLR et à l’UDC, dont l’objectif est de plonger l’AVS dans une grave crise financière, pour parvenir enfin à réaliser leur rêve: la retraite à 67 ans pour tous et un affaiblissement de notre 1er pilier."

Cette façon de présenter les choses, c'est chercher à faire peur sur un hypothétique futur après la votation. Généralement, c'est la droite qui joue à ce petit jeu et ça aurait été bon de lui laisser ce genre de démagogie et de promotion de la peur. La votation sur PV2020 ne porte que sur PV2020. Si elle échoue, ce sera probablement en raison de l'élévation de l'âge de la retraite des femmes. Du coup, étant donné qu'elle serait aussi soumise au vote, c'est aussi ce qui fera échouer dans le futur toute tentative d'élévation à 67 ans. Idem pour l'affaiblissement du premier pilier.

La démocratie, comme le rappelle souvent le socialiste et chercheur Antoine Chollet, c'est un exercice d'ici et maintenant. Demain, c'est un autre vote. Et celui-ci n'aura pas plus de chances que celui de PV2020.