Samedi, 18 novembre 2017

Les Français face à un non-choix

Vendredi 05 mai 2017

Le grand coup de sac qui a vu les deux partis institutionnels trébucher au premier tour de cette présidentielle française place les électeurs de gauche devant un choix cornélien: faut-il procéder à un vote barrage contre la candidate frontiste ou refuser de trancher entre la peste néolibérale d’Emmanuel Macron et le choléra d’extrême droite?

La question divise. Au delà du raisonnable. Les aboiements des chiens de garde de l’éditocratie française et leurs injonctions à voter pour le candidat d’En marche! frisent le code. Jean-Luc Mélenchon a du mérite à ne pas s’être laissé intimider. Car Emmanuel Macron a de quoi rebuter. Sur le plan moral, d’abord: avec Manuel Valls, Bertrand Delanoë ou même Ségolène Royal, on a tout de même affaire à une sacrée brochette de Judas.

Sur le plan politique, ensuite. Le projet antisocial et antiécologique mis en œuvre par le futur candidat à la présidentielle et qu’il propose aux Français fait précisément le lit de l’extrême droite.

Assurer un raz-de-marée dans les urnes à un tel projet politique n’est guère rassurant. D’autant plus que certains sondages donnent à son nouveau parti une majorité absolue au niveau des législatives de juin. Et l’on connaît le tropisme électoral consistant à confirmer le vote présidentiel lors des législatives.

Le refus d’un tel jeu de dupes a donc aussi sa cohérence, mais il est risqué. Deux épisodes récents –l’élection de l’autoritaire et guère démocratique Donald Trump et le Brexit – montrent que tout devient possible. Veut-on courir le risque de voir le Front national et son cortège de fronts plats fascisants accéder à des postes clefs? Là aussi, la proximité des législatives incite à une prudence certaine. Un bon score de Marine Le Pen légitimera un vote en sa faveur lors des législatives.

Dans ce contexte, un vote barrage fait sens. On nous rétorquera que tout se jouera dans le troisième tour et que celui-ci sera social. Certes. Mais dans un régime hyper présidentiel – avec de surcroît l’état d’urgence qui permet bien des dérives antidémocratiques – rien n’est acquis. Cerise sur le gâteau, les forces mises en branle par La France insoumise tendent à se gripper. Jean-Luc Mélenchon peine à trouver un terrain d’entente avec les autres formations de gauche, notamment avec son proche allié communiste.

Dans cette sale ambiance, mieux vaut sans doute s’en tenir aux fondamentaux. Certains risques sont plus grands que d’autres. Et s’il n’est pas interdit de voter blanc ou nul – sinon, d’ailleurs, à quoi bon se rendre aux urnes? La démocratie implique d’avoir toujours le choix –, le vote barrage garde tout de même une longueur d’avance tant en termes de stratégie électorale que sur le plan de la défense des valeurs fondamentales de la gauche.

>>> La gauche déchirée: lire les témoignages de Français de Suisse et binationaux récoltés par Le Courrier.

En lien avec cet article: 

La gauche déchirée

La gauche hexagonale est divisée face au choix qui sera soumis aux électeurs dimanche lors du deuxième tour de la présidentielle entre le centriste Emmanuel Macron et la candidate du Front national Marine Le Pen. Une partie des progressistes refuse de voter pour un candidat libéral dont ils rejettent le programme et condamnent la politique menée au sein du gouvernement pendant la présidence de François ...
Vous devez être loggé pour poster des commentaires