Mardi, 25 avril 2017

Une Campagne vaudoise sans politique

Vendredi 21 avril 2017

Au Pays de Vaud, trop riche, trop confortablement installé, la campagne électorale est insipide. On refrène un irrépressible bâillement en écoutant les candidats s’autocongratuler et se faire des politesses. La rengaine du «compromis dynamique» ou du «consensus mou», c’est selon, tourne en boucle. Le sommet se gargarise de son équilibre, quitte à tuer le débat politique, quitte à susciter un désintérêt des électeurs.

Un basculement à droite du Conseil d’Etat, seul enjeu de l’élection du 30 avril, semble s’éloigner à mesure que le PLR jette des fleurs à ses adversaires, en saluant le bilan du Château majoritairement aux mains de la gauche. Même l’UDC est paralysée, obsédée par l’idée de se montrer adaptable au compromis.
Et sans un véritable soutien de ses alliés PLR, le candidat udéciste Jacques Nicolet a du mal à convaincre face à la socialiste Cesla Amarelle, sûre d’elle et au point sur les dossiers.

C’est que le premier n’arrive pas à faire oublier ses racines. Le document de référence de l’UDC publié l’année dernière, qui réinstaure le «devoir de correction» sur les enfants, valorise la place de la femme à la maison et s’en prend au féminisme, est resté en travers de la gorge de beaucoup, même au sein du parti. L’initiative contre l’intégrisme religieux, véritable offensive contre l’islam, passe mal. Et lorsque Jacques Nicolet déclare qu’il «ose croire que Marine Le Pen va aller un grand bout», dans l’élection française, le PLR voit rouge. Le candidat UDC aura échoué à se faire passer pour modéré et une partie des électeurs de droite se détournent.

Le manque de combativité politique profite donc à la majorité en place. Une majorité de gauche… et une majorité féminine, dont les représentantes ont porté avec force des projets qui profitent aux femmes, que ce soit pour l’accueil de jour ou contre les violences domestiques. Même le cœur de la PLR sortante Jacqueline de Quattro balance entre une majorité de droite ou une majorité de femmes.

Au Grand Conseil, la paralysie des grands partis pourrait aussi bien profiter aux Verts et aux petites formations, absentes du gouvernement. L’Alliance du centre et Ensemble à gauche sont les seules à attaquer frontalement le bilan du Conseil d’Etat, à lancer un débat. Les centristes ont mené la fronde contre l’école, la gauche radicale contre les privilèges fiscaux et la pénurie de logements. Ces actions leur feront peut-être gagner quelques sièges au parlement face aux arrangements entre grands partis. Avec, à la clé, un tressautement dans l’équilibre vaudois.

 
Le Courrier
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