Dimanche, 24 septembre 2017

Certains regards féminins

Lundi 03 avril 2017

Peut-on parler au cinéma de regards spécifiquement féminins? Pas sûr. Après tout, Katherine Bigelow s’illustre dans des genres cinématographiques virils, alors que Pedro Almodóvar est un expert en portraits de femmes... Reste que la question revient régulièrement depuis que les réalisatrices sont enfin (un peu) plus nombreuses. Deux documentaires qui sortent ces jours relancent ainsi le débat: Impasse d’Elise Shubs, à l’affiche depuis samedi (notre interview du 31 mars), et Double Peine de Léa Pool, à découvrir dès mercredi sur les écrans (portrait dans le Mag de vendredi).

On peine à imaginer que de tels films puissent relever d’un point de vue masculin, par le choix de leurs sujets et la manière de les aborder. La Lausannoise Elise Shubs s’empare du thème miné de la prostitution, souvent maltraité dans les médias ou teinté de romantisme au cinéma. Or la réalisatrice, évacuant d’emblée tout cliché érotisant, tient ses protagonistes hors-champ pour mieux faire entendre leur témoignage. Impasse dévoile ainsi sans ambiguïté la réalité révoltante de leur condition. Détail révélateur: alors que ce sont en majorité des hommes qui tiennent les rubriques cinéma ou couvrent ce sujet dans les médias, Elise Shubs a surtout rencontré des femmes journalistes en interview...

Quant à Léa Pool, figure emblématique d’un cinéma au féminin, c’est derrière les barreaux qu’elle a tourné son dernier documentaire. De nombreux films ont exploré l’univers carcéral, mais rarement les prisons pour femmes – hormis le cinéma d’exploitation, qui en a fait un sous-genre! La cinéaste québécoise s’intéresse plus précisément aux liens entre les femmes incarcérées et leurs enfants. Un sujet jusque-là négligé, alors que deux tiers des détenues dans le monde sont mères. Avec l’empathie qui la caractérise, Léa Pool dénonce la «double peine» qu’elles endurent «dans un système judiciaire fait par les hommes et pour les hommes».

Si l’art ne saurait se réduire à une affaire de genres, la mixité amène une réelle diversité des approches qui s’avère essentielle. Des collègues masculins auraient sans doute pu s’aventurer sur ces terrains-là, et peut-être avec autant de tact. Mais est-ce une coïncidence si ce sont des femmes qui s’y collent les premières, et de façon si exemplaire?

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Une réalité qui dérange

Comment approcher la réalité de la prostitution sans tomber dans le voyeurisme et les clichés? Recueillant le témoignage de quatre femmes à Lausanne, Impasse répond en les filmant de loin ou décadrées, visage caché pour mieux faire entendre leur voix; en quadrillant surtout le théâtre de leur calvaire quotidien – entre Sévelin et la route de Genève. Un dispositif inédit, dicté par une véritable ...

Désirs hors cases

Léa Pool jouit d’un statut particulier. C’est la plus suisse des cinéastes québécoises, ou l’inverse. Née à Genève mais établie dans la Belle Province depuis 1975, elle est reconnue et honorée autant ici que là-bas, chacun voulant se l’approprier – comme la France nous dispute Godard. Lors de notre cordiale entrevue lausannoise, l’intéressée s’en amuse: ...
 
Le Courrier
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