Dimanche, 24 septembre 2017

Les Musa au pays de Kafka

Jeudi 16 mars 2017

Que manque-t-il aux membres de la famille Musa pour obtenir enfin le droit d’asile en Suisse, si ce n’est une dose d’humanité, hors de la froide mécanique des accords de Dublin? A force d’aveuglement, notre système politique et migratoire semble s’acharner à transformer ce cas en emblème de toutes ses dérives possibles.

Faut-il rappeler aux autorités suisses la sombre réalité qui attend ces Kurdes de Syrie dans leur pays d’origine? Les indignes conditions d’«accueil» (notre édition du 17 février) réservées à ceux d’entre eux expulsés par vol spécial en Croatie en septembre dernier? La situation semble pourtant évidente: deux parents et leurs cinq enfants cherchent aujourd’hui à vivre en paix, loin de la guerre, auprès du reste de leur famille. A peine réunis à Genève pour la première fois depuis deux ans, voilà que tous les sept risquent de se voir à nouveau séparés, trois des frères et sœurs s’étant vu signifier un avis d’expulsion. Des oncles et tantes qui résident en Suisse, un frère qui se voit accorder l’asile, les parents et la benjamine en attente d’une décision sur leur sort, et trois jeunes menacés de renvoi... Alors que tous viennent du même endroit.

On pourrait arguer que cette famille manque de chance. Que son cas est certes difficile, mais isolé. En réalité, les Musa sont la preuve de l’inhumanité des «renvois Dublin» systématiquement exécutés, ainsi que le dénonçait une motion déposée en septembre et acceptée par le Grand Conseil genevois. Celle-ci invitait le Conseil d’Etat à se positionner contre des expulsions «absurdes» et à réagir, à Berne, auprès du Secrétariat d’Etat aux migrations. Au sein même du gouvernement, des voix avaient manifesté leur soutien aux Musa, appelant à «une politique d’asile plus humaniste». Le temps est venu d’appliquer ce principe. Pour le bien de la famille Musa, mais aussi pour faire primer les droits fondamentaux sur la rigidité bureaucratique. I

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Réunie, la famille Musa craint le renvoi

Les sept membres de la  famille Musa sont désormais réunis au grand complet sur le sol genevois. Le comité Solidarité Tattes a tenu mercredi une conférence de presse pour ­appeler les autorités fédérales à faire preuve d’un minimum d’humanité et de bon sens et permettre à cette famille de rester en Suisse. Les autorités genevoises sont, elles, invitées à faire pression sur Berne ...
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Portrait de piloselle

application de Dublin et famille Musa

C’est avec consternation que je lis que la demande d’asile de la famille Musa a été refusée. Il s’y ajoute un sentiment d’exaspération à la lecture de « la froide mécanique des accords de Dublin». Les citoyens qui militent pour plus de justice et d’humanité ainsi que les journalistes ne peuvent plus ignorer que les accords de Dublin décrivent minutieusement une procédure destinée tenir compte de la dimension humaine et familiale de l’accueil et de la protection. Une partie du texte est régulièrement ignorée. Dans cette situation dramatique, les accords de Dublin ne sont pas trop bien appliqués, d’une façon rigide mais mal appliqués, en ignorant des dispositions « de compassion » qui visent justement à favoriser le regroupement familial. Il ne s’agit pas d’application bureaucratique, mais d’approximation, de distorsion voire de de dérapage ! Cette confusion trahit non seulement les textes réglementaires en vigueur, mais aussi le projet de paix qui est à l’origine de la construction européenne. Espérons que de porter le dossier à la Cour européenne des droits de l’homme permettra d’élever le débat...