Vendredi, 31 mars 2017

Djihadisme: prévention à deux vitesses

Mercredi 15 mars 2017

Le Conseil fédéral a présenté mardi le rapport de sa task-force de lutte contre les menaces djihadistes. Un document intéressant pour le portrait qu’il dresse de ce terrorisme low cost, mais qui articule bien peu de pistes pour faire face à ce danger tout aussi présent en Suisse que chez nos voisins, selon ce document dit Tetra (pour TErrorist TRAcking).

On y glane quelques chiffres marquants: 81 personnes sont parties de Suisse faire la guerre sainte; fin 2016, près de 500 personnes ont été repérées par le radar du Service de renseignement de la Confédération (SRC) pour avoir posté sur la toile du matériel prônant l’idéologie djihadiste; 60 procédures pénales sont en cours au Ministère public fédéral; et, enfin, 14 demandes d’asile ont été rejetées car jugées problématiques au regard de la sécurité intérieure.

En revanche, pour ce qui est des recommandations concrètes contre ces risques, on reste au rayon des grandes généralités du type «mieux vaut prévenir que guérir». On l’aurait deviné. Les pistes évoquées restent plutôt vagues: mobiliser le corps enseignant, les entraîneurs de foot et les travailleurs sociaux pour détecter précocement des tentations morbides et des désirs de martyr.

Dans le même ordre d’idées, relevons le regard négatif jeté sur les requérants d’asile, traités en suspects plus souvent qu’à leur tour. Quant aux personnes qui donnent de leur temps pour les soutenir et les intégrer, elles devraient être soumises à une obligation de communiquer si elles soupçonnent un risque de radicalisation, estiment les auteurs du rapport. On a connu bases plus saines pour une intégration réussie que cet opprobre jeté sur des populations, elles-mêmes premières victimes du djihadisme qui a détruit leurs vies et les a forcées à fuir.

Le ton des auteurs du rapport se fait par contre plus prudent et laconique lorsque la question de l’entraide financière est évoquée. La Suisse traîne des pieds pour enquêter en cas de soupçons de financement de filières terroristes. Elle est épinglée en ce sens par l’organisme intergouvernemental du Gafi (Groupe d’action financière). En 2015, 60% des requêtes venues de l’étranger ont reçu un préavis négatif. «La critique relevée dans le rapport du Gafi se doit d’être examinée avec grand soin», peut-on lire dans ce document.

Serait-ce ce que l’on appelle de la prévention à deux vitesses?

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Le Courrier
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