Lundi, 29 mai 2017

Mobilité: tout reste à inventer

Jeudi 09 mars 2017

Pendant dix jours, Genève vivra au rythme du Salon de l’auto, pardon, du Geneva International Motor Show. Une sorte de deuxième Nouvel An au bout du lac. Il y a quelques années, cela marquait même le retour du jet d’eau, c’est dire.

Cette exhibition de carrosseries rutilantes et de moteurs surgonflés fait pourtant un peu penser aux dinosaures, quelques minutes avant l’arrivée de la comète. La société du tout-à-l’auto montre de sérieux signes d’essoufflement.

Pour des raisons structurelles, tout d’abord. Les réserves en pétrole – le fameux peak oil – montrent leurs limites. Et climatiques, ensuite. Nous ne pourrons pas, sans conséquences dramatiques pour l’humanité, continuer à injecter des tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Et enfin parce que nos villes étouffent sous le poids des voitures.

La tolérance face à la dégradation de notre qualité de vie est moindre. Et les habitudes changent. Les jeunes – qui ont grandi avec un réseau de transports en commun plus performant – ont pris d’autres habitudes. Mais cet état de fait n’est pas encore intégré par le monde politique. Une question d’âge, peut-être. Et d’inertie culturelle, sans doute: la voiture, c’est le salut; haro sur le cycloterroriste; la marche, un truc de pauvre.

Cela changera. Mais à un rythme de sénateur qui n’est pas satisfaisant et qui mène à des aberrations. Le récent débat à Genève sur la traversée autoroutière du lac en est une illustration flagrante. Ce projet a été voté en 2016 dans un flou artistique certain, avec des arguments populistes – «on vote juste sur le principe», «Berne ou le privé paieront». On constate, quelque mois plus tard, que le canton n’est même pas en mesure de débloquer – crise financière oblige – les premiers 70 millions pour financer la simple étude du projet.

Cela montre surtout que le rapport coût/utilité de ce projet d’infrastructure est négatif. Pendant que l’on débat de ce concept du passé, on perd du temps et de l’énergie qui pourraient être utilisés plus utilement. Par exemple pour planifier l’après-CEVA. Car le réseau de RER genevois sera encore embryonnaire une fois les deux rives reliées en 2019. Il doit s’agir d’un début, pas d’une fin. I

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