Dimanche, 24 septembre 2017

Univers'elles

Mercredi 08 mars 2017

Le 8 mars, Journée internationale des droits DES femmes. La précision n’a jamais été aussi cruciale alors que notre dossier spécial interroge l’universalité du féminisme. Sur les mariages précoces, le port du voile-burqa-burkini, les événements de Cologne, comme sur l’avortement, le féminisme ne parle pas d’une seule voix. Car il n’émane pas de cette créature imaginaire et fantasmée que serait LA femme, il relaie les revendications particulières de personnes qui sont aussi noires, blanches, latinos, bourgeoises, surexploitées, indigènes, LGBT, etc. Les oppressions sont donc croisées, et nous tentons d’en démêler quelques fils.

Blanc et occidental, le féminisme a largement négligé les questions raciales. L’afro-féminisme est né de la contestation de cet aveuglement. Le film Ouvrir la Voix donne la parole à 24 femmes racisées – identifiées et essentialisées sur la base de critères «raciaux» – de France et de Belgique, auquel réagissent trois jeunes femmes d’ici. Il en ressort que le racisme anti-Noir est à la fois important et peu connu en Suisse. Pour les militantes afro-descendantes, le contrôle des naissances et l’avortement peut ne pas avoir la même tonalité que pour des femmes blanches (lire la chronique d'Alix Heiniger).

Si la Suisse n’a pas eu de colonies, elle n’a pas pour autant échappé à un système de pensée dominant, infiltrant des consciences. L’exemple des maquilas d’Amérique centrale permet de saisir l’une des intrications possibles entre colonialisme et inégalités de genre: dans ces emblèmes du système néocolonial sur lequel repose la mondialisation capitaliste, les femmes sont exploitées pour produire à bas prix les richesses destinées aux circuits commerciaux occidentaux. Et les violences de genre ont presque toujours à voir avec la recherche du pouvoir.

L’imprégnation coloniale du féminisme occidental a été thématisée dès les années 1970 dans les pays anglo-saxons, mais la diffusion de cette pensée postcoloniale a été moins aisée dans l’espace francophone. Le féminisme qui nous est le plus familier est donc issu de cette vision du monde où l’Autre doit se soumettre à une modernité, à une hiérarchisation du monde, à une revendication d’autonomie individuelle. Pour autant, le féminisme occidental n’a-t-il pas conquis des droits sur lesquels on ne peut transiger? Les féministes se sont déchirées là-dessus après les agressions de Cologne. Notamment parce que la prise en compte des autres cultures est complexe et fait l’objet de raccourcis fréquents.

Aujourd’hui, la défense des droits des femmes continue à mobiliser et la convergence des luttes avec d’autres minorités n’est plus un vain mot. De jeunes artistes y insufflent détermination et créativité: certaines de leurs œuvres dynamisent nos pages. Bonne lecture.

Notre dossier spécial

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