Lundi, 20 novembre 2017

Cinéma en campagne

Lundi 06 mars 2017
Il y a une semaine, les palmarès des Césars et des Oscars ont donné l’impression que le septième art renouait avec la politique, dans un contexte pré/post-électoral français et américain où elle défraie la chronique. A Paris, le trophée du meilleur documentaire décerné à Merci patron! offrait une tribune à François Ruffin, et celui du meilleur film étranger à Ken Loach pour Moi, Daniel Blake. Outre-Atlantique, après l’intervention anti-Trump de Meryl Streep aux Golden Globes, les si blancs Oscars sacraient pour la première fois1 l’œuvre d’un réalisateur afro-américain: Moonlight de Barry Jenkins (sortie le 15 mars). Nonante ans après la création de l’Académie, il était temps!
 
Dans le miroir de ces cérémonies d’autocongratulation, le petit monde du cinéma aime toutefois se voir plus progressiste et engagé qu’il ne l’est réellement. Si ces palmarès en réaction à l’actualité restent très circonstanciels, il arrive en revanche que certains films s’invitent à dessein sur la scène politique. Ce fut le cas de Merci patron!, aux origines du mouvement Nuit debout. On se souvient aussi du fameux Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, pamphlet anti-Bush destiné à contrer sa réélection. Aujourd’hui, alors que l’ombre de Marine Le Pen plane sur la présidentielle, voici venir la fiction anti-Front national Chez nous – dès mercredi dans les salles romandes, deux semaines après la sortie française.
 
Quel impact un tel film peut-il avoir? On reproche à raison au cinéma militant de prêcher des convaincus. Le Belge Lucas Belvaux ne parvient pas à éviter cet écueil en contant les déconvenues d’une brave infirmière enrôlée pour les municipales par un parti d’extrême droite à l’allure respectable. Scolaire, voire condescendant, Chez nous ne peut espérer dissuader les électeurs tentés par le FN alors qu’il fait de son personnage une brebis égarée...
 
De fait, les films qui font ainsi campagne sont voués à l’échec. Car le temps de la politique n’est pas celui du cinéma. Ce dernier se réveille toujours trop tard et on ne fait pas évoluer les mentalités en levant le poing à la dernière minute. L’influence du septième art se déploie au contraire sur le long terme, à condition que les cinéastes se préoccupent de questions politiques. Et cela n’arrive pas si souvent. Comme le note l’historien du cinéma Régis Dubois sur son blog Le Sens des images: «Si effectivement notre cinématographie [française] semble partager des valeurs habituellement associées à la Gauche, cela reste quand même une gauche bien modérée. Combien de films en effet s’intéressent vraiment au sort des ouvriers, des petites gens, des réfugiés, des jeunes précaires? Quand on pense en général au cinéma français, on songe plus à des films évoquant les doutes existentiels de quelque petit-bourgeois parisien qu’à La Grève d’Eisenstein...»2
  • 1. Steve McQueen, réalisateur de «12 Years a Slave» (Oscar du meilleur film en 2014), est anglais.
  • 2. «Pourquoi le cinéma français est-il de gauche?», 23 février 2017, http://lesensdesimages.com
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