Dimanche, 24 septembre 2017

La politique au ventre mou

Jeudi 02 mars 2017

A l’heure du bilan de législature, les sept ministres vaudois se sont auto-congratulés dans une franche camaraderie tout en faisant les louanges de leur politique du «compromis dynamique». Pour la première fois à majorité de gauche pendant une législature entière, le gouvernement porté par le duo Maillard-Broulis a fait de la politique du marchandage sa marque de fabrique. Et donné tort aux augures de blocages sans fin avec un parlement à majorité de droite.

Certes, la formule a permis de faire aboutir des dossiers (accueil parascolaire ou loi sur l’énergie), et d’engager des fonds nécessaires dans le social et les transports. Pour Sauver Lavaux, la RIE III ou la loi sur le logement, le Conseil d’Etat a aussi été largement suivi lors des votations populaires. Mais à quel prix?

Certains projets comme la loi sur le logement – bien modeste après dix ans de travaux – se sont dégonflés. D’autres virent au fiasco, à l’instar du volet vaudois de la troisième réforme des entreprises, devenu embarrassant avec le refus populaire de la loi fédérale.

La politique du compromis a par ailleurs appauvri le débat démocratique, Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis exerçant leur emprise sur leur camp politique respectif. Avec des conséquences parfois ravageuses pour les plus faibles. Le gouvernement n’a pas hésité à saper les droits des migrants dans son projet d’application de la loi fédérale sur les étrangers. Il a ainsi tendu la main à la droite parlementaire, qui met à mort les droits acquis grâce aux mouvements sociaux dans les années 2000. Autre échec: l’interdiction de la mendicité a passé la rampe du parlement au nez et à la barbe de la gauche, qui a fait preuve de peu de combativité.

Enfin, cette joyeuse camaraderie au sommet a profité d’une conjoncture favorable. Et les multinationales se frottent les mains. Après les avoir attirées à coups de privilèges fiscaux, le canton s’est construit une dépendance à ces entreprises, en fermant les yeux sur l’éthique. Décriées pour le non-respect des droits des populations et divers scandales environnementaux à travers le globe, Nestlé, Vale, Monsanto seront toujours chouchoutées en terres vaudoises tant qu’elles offriront de l’emploi et arroseront les communes.

Ce bilan tout en rondeur du Conseil d’Etat permettra peut-être à la gauche de conserver la majorité au sommet. Mais en continuant sur la pente de la compromission, renouer avec le débat d’idées deviendra sans cesse plus ardu. Et laisse craindre, à terme, un effet boomerang.

 
Le Courrier
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