Mardi, 30 mai 2017

L’impossible accord

Lundi 27 février 2017

La parade amoureuse était une mascarade: il n’y aura pas de candidature commune du Parti socialiste et de la «France insoumise» au premier tour de la présidentielle. Le virage à gauche imposé à l’appareil socialiste par les électeurs de la primaire n’a pas suffi à rapprocher Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. La perspective de voir les idées progressistes représentées au second tour de l’élection s’éloigne donc, au grand dam de nombreux électeurs qui espéraient voir une gauche retrouvant des couleurs servir de rempart au Front national en mai prochain.

L’ultimatum de Jean-Luc Mélenchon, exigeant des engagements fermes de Benoît Hamon quant à l’abrogation de la «loi travail», la fin de l’état d’urgence et celle des cadeaux fiscaux au patronat (CICE) ou encore la convocation d’une Assemblée constituante, n’a fait que lever les derniers doutes: aucun des deux candidats n’avait réellement l’intention de se retirer pour ouvrir la voie au second.

Mais pouvait-il en être autrement? Au-delà de ces désaccords programmatiques bien réels, auxquels il faut ajouter le libre-échangisme et l’Union européenne, le candidat du «dégagisme» – qui fait campagne depuis des années pour la transformation radicale des institutions – pouvait-il s’effacer dans une opération de tactique électorale arbitrée par les sondages? A l’opposé, le candidat de l’ex-premier parti de France, qui depuis sa nomination tente de conserver auprès de lui les Valls, Le Roux, Cazeneuve, El-Khomri et autres symboles des années Hollande, pouvait-il retirer sa candidature en faveur de leur plus virulent détracteur? Et – honnêtement – quelle crédibilité accorderait-on à une candidature rassemblant, autour de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls?

Pour la gauche, cette impasse politique est évidemment regrettable, d’autant que la crise de la candidature de François Fillon ouvrait des perspectives et que le risque représenté par Marine Le Pen n’a jamais été aussi élevé. Elle est pourtant des plus logiques, facture inévitable des renoncements et des échecs passés. Le Parti socialiste, principale référence de la gauche pour une majorité des Français, a passé une législature à expliquer que les recettes de la social-démocratie – dont certaines étaient pourtant inscrites à son programme – n’étaient plus valables, et qu’il fallait adopter les axiomes libéraux (politique de l’offre, dérégulation de l’économie et du marché du travail, baisse de l’imposition des entreprises, hausse de l’âge de la retraite). Après cinq ans de «hollandisme», le discrédit accumulé ne se rachètera pas avec des accords boiteux de dernière minute. La confiance de l’électorat dans un projet de gauche devra être reconquise patiemment, à force de cohérence et de constance. Et avec la ferme conviction de ceux qui le portent. I

 
Le Courrier
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