Mercredi, 18 octobre 2017

Lionel Frésard, un naturel charismatique

Jeudi 23 février 2017
D’entrée de jeu, son «bonsoir» lancé avec une pointe d’accent jurassien déclenche les rires et l’empathie.
AURELIEN ALDANA

Dans Molière-Montfaucon 1-1, solo autobiographique, le comédien romand se distingue par la justesse de son interprétation. Rencontre.

Les souvenirs qui font le fil rouge de mon solo sont comme des fruits qu’on met à distiller gentiment avant de pouvoir être goûtés en public.» La métaphore rappelle que Lionel Frésard vient des Franches-Montagnes, une région où la poésie du terroir compte. Avec Molière-Monfaucon 1-1, un solo créé l’an dernier et mis en scène par Thierry Romanens, le comédien croque à pleines dents dans son passé pour en extraire le meilleur.

L’ancien boucher et cuisinier s’y montre généreux, autant qu’il l’était quand il cuisinait et servait – au Café Central de Saignelégier – son fameux sandwich indien dont les spectateurs découvrent la recette au cours du spectacle. «J’aimais faire plaisir à mes clients. Amener un bon mot en amenant l’assiette. Donner à rire, c’est encore une manière de faire du bien aux gens, de les nourrir autrement.»

Au Central, justement, il a côtoyé la plupart des personnages qu’il dessine avec maestria en quelques expressions et mimiques cocasses. Du «Chaume», l’entraîneur du FC Montfaucon qui l’a initié au théâtre lorsque le terrain de foot était couvert de neige, à André Steiger, impressionnante figure théâtrale romande, son professeur d’art dramatique au Conservatoire de Lausanne. De Gérard, l’ami imaginaire à l’âme innocente à Gaby, sa maman, en passant par quelques pittoresques piliers de bistrot, tous émeuvent et font rire également.

Le plateau décide

Du Jura à la capitale vaudoise où il est aujourd’hui installé avec sa femme et ses trois enfants, Lionel Frésard déroule son authenticité comme un fil d’Ariane qui lui permet d’aborder tous les rivages dramaturgiques, de la comédie à la tragicomédie. «Aujourd’hui, face aux exigences des hautes écoles de théâtre, je ne pense pas que je pourrais tenter une carrière de comédien en partie autodidacte comme je l’ai fait, même si, ‘à la fin, c’est le plateau qui décide!’ comme le disait André Steiger.»

Véritable performance d’acteur, aussi physique qu’originale, ­Molière-Montfaucon 1-1, souligne la ­véracité du postulat. Le solo de Lionel Frésard résonne comme un geste dramatique qui frappe par son énergie et sa singularité, mais aussi par son humour et sa délicatesse. Et sous l’apparente simplicité, un talent ­indéniable. D’entrée de jeu, son «bonsoir» lancé avec une pointe d’accent jurassien déclenche les rires et par là même l’empathie du public, qui ne va plus décrocher du parcours de cet homme qui rend hommage à ses racines sans tomber dans le pathos.

Carrure d’ancien boucher

«Le spectacle est né parce que c’était le moment. Parce que cela coïncidait avec les 20 ans de mon départ. Toutes ces anecdotes que je racontais régulièrement autour d’une table de bistrot et qui faisaient marrer tout le monde, j’avais envie de les partager avec le plus grand nombre, particulièrement en ces temps de grisaille.»

Avec sa carrure solide d’ancien boucher, Lionel Frésard pourrait ­apparaître brut de décoffrage. Or c’est tout le contraire que se manifeste et filtre à travers son excellente technique de comédien: une vraie tendresse pour le genre humain qui rappelle celle que Zouc manifestait sous couvert d’ordinaire.

Qu’il incarne un paysan foudroyé dans On liquide, mis en scène par ­Denis Maillefer, un fils modèle dans Guten Tag, ich heisse Hans de la Cie Extrapol, un homme ordinaire dans Douze hommes en colère, récemment mis en scène par Julien Schmutz ou un petit boucher fragile racontant ses émois dans L’Effet coquelicot ou la perspective de l’abattoir, Lionel Frésard passe aisément d’un registre à l’autre jusqu’à pouvoir revisiter Molière en cuisinant. «J’ai envie de refaire un seul en scène sur le mode de l’humour, mais pour l’instant je ne sais pas par quel bout je vais l’empoigner. Comme Brigitte Rosset, j’aimerais continuer à faire le grand écart avec le théâtre et le travail en équipe.»

En attendant, le comédien poursuit une tournée entamée il y a plus d’un an narrant avec talent comment Molière s’est affronté à Montfaucon dans un match d’anthologie au résultat gagnant-gagnant.

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A voir sa 25 février à Vicques (JU); 2 mars au Théâtre de Beausobre, Morges, 9 mars au Reflet, Vevey; 10 mars au Théâtre du Crochetan, Monthey. Rens: www.extrapol.ch

 
Le Courrier
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