Vendredi, 24 novembre 2017

Réjouissant premier pas

Mercredi 22 février 2017

Un accord ouvrant la voie à la régularisation de quelques milliers de travailleuses et travailleurs sans statut légal a été annoncé mardi à Genève par le Conseil d’Etat et des associations. «Enfin!», dira-t-on, après plus de quinze ans de luttes des sans-papiers pour faire reconnaître leurs droits.

On ne peut que se réjouir du pas important qu’implique cette opération Papyrus, qui permettra à des personnes habitant et travaillant dans le canton depuis des années de ne plus vivre dans la peur d’être expulsées, et de sortir – un peu du moins – de la précarité.
Femmes pour la plupart et en grande partie actives dans l’économie domestique, ces personnes compensent, pour des salaires de misère, des manques patents d’infrastructures. Notamment dans l’accueil de la petite enfance et les soins aux personnes âgées. Ce faisant, elles permettent l’accès au marché du travail à des milliers d’autres hommes et femmes. Mais forcées de vivre dans la clandestinité, elles sont trop souvent victimes d’abus.

Le canton de Genève en avait déjà fait le constat il y a dix ans, mais n’avait pas réussi à convaincre Berne de régulariser ces personnes essentielles à l’économie locale. Cette fois-ci, la Confédération a été associée aux longues négociations qui ont permis d’arriver au compromis présenté hier. Car ne nous voilons pas la face: il s’agit bien d’un compromis. L’opération Papyrus ne bénéficierait qu’à quelques milliers de travailleuses et travailleurs sans statut légal, dont le nombre total est estimé à 13 000 au bout du lac. On est loin des régularisations collectives réclamées dans les années 2000. Et encore plus des revendications demandant «un travail = un permis».

Reste que dans le climat actuel d’hostilité envers les étrangers, cette «solution pragmatique» a été célébrée par les défenseurs des sans-papiers. Car elle définit un processus qui permet de nombreuses régulations, avec pour la première fois des critères clairs, et des améliorations concrètes de leurs conditions de travail.

L’opération Papyrus concrétise une avancée indéniable pour de nombreux sans-papiers. Mais elle n’ôte rien à une exigence de base: que toute personne qui travaille en Suisse bénéficie d’un permis de séjour.

Et cet accord ne doit surtout pas faire oublier que la Confédération continue en parallèle de durcir les conditions d’asile, criminalise les requérants et procède à un nombre croissant d’expulsions scandaleuses. Une politique de renvois que le canton de Genève applique d’ailleurs avec zèle.

En lien avec cet article: 

Formulaire hors de prix pour les sans-papiers

Pour la plupart des Genevois, trois mille francs représentent une somme rondelette. Pour une personne sans statut légal, souvent (très) mal payée, il s’agit d’une fortune. Selon des témoignages que Le Courrier a pu recueillir (lire ci-dessous), certains avocats de la place réclament pourtant des montants allant de 3000 à 3600 francs – jusqu’à 7000 francs selon les associations ...

Régularisation enfin!

Le canton de Genève a décidé de régulariser des milliers de sans-papiers. Impossible de donner un chiffre précis mais l’intention existe. Depuis octobre 2015, un projet pilote, répondant au nom de Papyrus, a été initié dans la plus grande discrétion, a-t-on appris hier à l’occasion d’une conférence de presse convoquée par le département de la Sécurité et de l’Economie. Grâce ...
 
Le Courrier
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