Mercredi, 18 octobre 2017

De jour comme de nuit

Mercredi 08 février 2017

Ce pourrait être la simple histoire d’un fast-food ouvert 24 heures sur 24 grâce à une faille dans la loi. Mais la pratique de ce restaurant McDonald’s ouvert à Genève du vendredi matin (6h) jusqu’à minuit le dimanche est surtout un révélateur de plus. Celui d’une société qui, à force d’accumuler les entorses à un principe simple – le travail de nuit et du dimanche doit rester l’exception –, normalise des règles néfastes pour la santé. La consommation de masse et permanente ronge sans cesse les frontières de cette protection essentielle.

Pour les employés, les limites des heures d’ouverture sont la garantie d’une vie sociale stable. Le bien-être des familles, avec la gestion des rythmes scolaires, est souvent mis en avant. Mais lorsque toute une population se démène avec des horaires de nuit et irréguliers, le problème s’installe plus profondément encore, et ce sont l’ensemble des interactions sociales qui doivent être repensées.

Contre la liberté d’acheter une bricole «pour dépanner», des vies sont touchées. Derrière une miche de pain réchauffée à 22 heures, minuit ou 4 heures du matin figure toute une variété de corps de métiers pour assurer livraison, nettoyage ou encore maintien de la sécurité du magasin... L’exemple tient également pour une portion de frites décongelée par des employés de fast-food.

Arguments insuffisants pour justifier une réelle protection des travailleurs? On y ajoutera l’impact du travail de nuit sur la santé. Dans les pays industrialisés, il est une réalité pour 20% des salariés alors qu’il «a des conséquences non négligeables sur les systèmes cardiovasculaires et digestifs entre autres», nous apprend une étude de la Revue médicale suisse1. Il a même été déclaré «cancérigène probable (catégorie 2A)» par le Centre international de recherches sur le cancer.

Les compensations – souvent financières – au travail nocturne ou dominical sont-elles réellement suffisantes face aux risques pour la santé, de désocialisation et d’épuisement? Et les maintiendra-t-on seulement le jour où le dimanche et la nuit seront devenus des horaires banalisés?

Ces constats n’empêchent pas le travail nocturne de continuer sa progression (+ 30% de salariés travaillant la nuit sans alternance en vingt ans, selon l’Union syndicale suisse). Seule une prise de conscience des consommateurs, accompagnée d’un rappel à l’ordre dans les urnes à chaque vote sur les extensions d’horaires, le permettrait. I

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