Lundi, 20 novembre 2017

La défaite de Renzi, le populiste

Lundi 05 décembre 2016

Ils incarnaient le centre-gauche européen, prisonnier du consensus pro-austérité, qui a laissé étrangler la Grèce sans mot dire. Tour à tour, ils avaient émulé Gerhard Schröder, obtenant l’assouplissement de la protection légale de leurs travailleurs, démantèlement de vieilles conquêtes syndicales qu’aucun gouvernement de droite n’avait pu réaliser auparavant. Tous deux ont aussi échoué à relancer la croissance par la baisse de la fiscalité des entreprises. Les circonstances ont voulu que Matteo Renzi et François Hollande annoncent leur retrait à quelques jours d’intervalle. Mais le hasard n’est que partiel: les aveux d’échec du premier ministre italien et du président français closent à merveille une année noire pour l’establishment européen.

A priori, la réforme institutionnelle rejetée dimanche en Italie par 59% des voix pouvait sembler éloignée des enjeux macro-économiques et européens. L’intention était même louable, tant le système bicaméral italien est complexe et onéreux. Et pourtant! L’attribution d’une majorité automatique au parti arrivé en tête des législatives devait bel et bien assurer une stabilité politique suffisante pour «réformer l’Italie», selon la novlangue néolibérale, reprise en cœur par les médias favorables à la réforme. Une bipolarisation de la vie politique qui avait aussi l’avantage d’affaiblir «les extrêmes», au profit d’une alternance de façade. Dans le projet constitutionnel présenté aux électeurs, la domestication du vote des Italiens était encore renforcée par la centralisation des pouvoirs sur Rome et la politisation du Sénat – dont les membres devaient dès lors être cooptés.

Mais surtout, le référendum de ce week-end a été transformé par le propre Renzi en plébiscite. Pour le Florentin, un «oui» dans les urnes était synonyme de blanc-seing à sa politique de réduction des dépenses et de libéralisation de l’économie. En mettant en jeu sa fonction, le premier ministre voulait forcer la main des indécis, s’érigeant en seul rempart contre le chaos et le «populisme», alors qu’il jouait justement là avec l’un des pires ressorts de ce populisme qu’il prétendait combattre.

Cette posture d’homme providentiel, au-dessus des partis, Matteo Renzi l’avait déjà endossée en 2013 et 2014 au moment de poignarder ses collègues du Parti démocrate, Bersani et Letta, avec le soutien de Silvio Berlusconi, pour s’ouvrir les portes du Palais Chigi. Une fois au pouvoir, le pseudo-ennemi du populisme n’avait pas tardé à faire vibrer la fibre antifonctionnaires – «Fini le bon temps pour les tricheurs!», avait-il éructé, en autorisant le licenciement express d’agents de l’Etat pour abstentionnisme. Et de qualifier la loi libéralisant les congés abusifs de «Jobs Act», ou «loi pour l’emploi». Le Meilleur des mondes n’est pas loin.

Après trois ans de prétendues «réformes indispensables», de «modernisation», de «coups de jeune», que reste-t-il de l’ambitieux programme de l’ex-publicitaire? Une Italie en panne de croissance, des millions d’exclus, des droits sociaux en recul, des services publics en déliquescence. Les données à disposition le montrent d’ailleurs clairement: le gros du «non» à Renzi se récolte chez les jeunes (68% chez les moins de 34 ans), parmi les chômeurs (65,8% en moyenne dans les cent districts ayant le taux de chômage le plus élevé) et dans les régions périphériques (+70% en Sardaigne et en Sicile).

S’il ne faut pas minimiser la dimension conservatrice de ce «non», voir dans ce vote une «poussée populiste» similaire à celle du Brexit ou du vote pro-Trump serait un non-sens et une grossière erreur. Reste à savoir qui tirera profit de cette salutaire débandade.

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Le Courrier
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