Samedi, 27 mai 2017

Un duo de choc prend les rênes du «Courrier»

Vendredi 02 décembre 2016
Laura Drompt et Gustavo Kuhn souhaitent davantage romandiser «Le Courrier»
JPDS

Laura Drompt et Gustavo Kuhn deviendront corédacteurs en chef dès le premier trimestre 2017. Le trio actuel réintégrera la rédaction après trois ans à la tête du journal.

Une nouvelle rédaction en chef de votre journal préféré a été élue lundi, lors d’une assemblée générale extraordinaire de la Nouvelle Association du Courrier. L’organe qui édite le quotidien l’a plébiscitée à une unanimité toute soviétique. Ce binôme est formé de Laura Drompt, 28 ans, dans ce journal depuis 2013 dont elle gère la rubrique suisse, et de Gustavo Kuhn, 38 ans, à la Tribune de Genève depuis 2002 où il a travaillé en rubrique genevoise puis internationale.

Le duo succédera dans le courant du premier trimestre 2017 aux corédacteurs en chef actuels. Dominique Hartmann, Philippe Bach et Christiane Pasteur – cette dernière, en congé, étant remplacée ad interim par Benito Perez – réintégreront alors complètement la rédaction. Ils ont, lundi, été chaleureusement applaudis par l’assemblée. S’inscrivant dans la continuité, le duo souhaite davantage «romandiser» le titre et approfondir le traitement des «alternatives». Travaillant à 80% chacun, ils consacreront 60% à la rédaction en chef et 20% à l’écriture d’articles. Entretien.

Dans quel état d’esprit envisagez-vous votre entrée en fonction?

Laura Drompt: L’énergie et le dynamisme ressentis dans l’équipe en préparant notre candidature font que je suis en confiance.

Gustavo Kuhn: Je suis très motivé de rejoindre une équipe qui l’est elle-même. Alors que la situation de la presse est morose et que je quitte une rédaction lourdement touchée par les récents licenciements, Le Courrier veut aller de l’avant et continuer à porter un projet journalistique fondé sur sa ligne humaniste et progressiste. Aujourd’hui, on assiste à une vague de fond réactionnaire. Les guerres, la faim, la pauvreté font des ravages. Dans ce contexte, les éditeurs coupent dans les moyens des rédactions. Le Courrier n’en est ainsi que plus indispensable. Après quatorze ans dans le métier, je me réjouis donc de rejoindre un journal plus engagé, fort d’une ligne éditoriale claire et assumée, qui vise à traiter l’actualité sous le prisme prioritaire de l’humain. Nous restons très attachés à cette ligne, qui ne concède rien à la qualité et à la déontologie journalistiques.

Quels développements prévoyez-vous?

LD: Nous nous inscrivons dans la continuité. Nous comptons toutefois davantage romandiser le titre, approfondir l’enquête et le reportage ainsi que les sujets sur les alternatives aux modèles de société dominants. Sans créer de nouveaux postes, nous voulons rééquilibrer les forces à l’interne avec un pôle à Genève, qui concentre près de 60% de nos lecteurs, et un pôle à Lausanne, qui réfléchira à des thématiques transversales pouvant intéresser nos lecteurs romands. Il s’agit de décloisonner les rubriques. Pour ne pas affaiblir les pages genevoises, il faudra se demander comment enrichir un sujet afin qu’il intéresse au-delà de son canton. Par exemple, le débat vaudois sur la mendicité fait écho à l’historique genevois.

GK: Car nous avons l’ambition d’augmenter le lectorat et le nombre d’abonnés. Cela peut paraître compliqué au vu de l’état de la presse, mais nous avons vraiment cette ambition.

LD: Nous accompagnerons donc la romandisation du titre en allant dans les cantons, à la rencontre du public, qui est toujours très enthousiaste et curieux d’en savoir plus sur le fonctionnement du Courrier quand nous organisons des débats ou des conférences.

Quelle stratégie pour le digital?

GK: Nous sommes déjà présents sur les réseaux sociaux, ce qui nous aidera à percer en Suisse romande pour chercher de nouveaux lecteurs. Nous comptons toutefois refondre notre site internet le plus vite possible.

LD: Nous voulons un site plus agréable et pratique, pour mieux hiérarchiser les sujets et les mettre en valeur. Par ailleurs, si la société civile a besoin de lieux de rassemblements physiques, comme Nuit debout l’a démontré, elle cherche également des espaces de rencontre et de réflexions virtuels. Notre site peut jouer ce rôle.

Le principe d’une rédaction en chef partagée et tournante a été mis en place il y a six ans. Cette fois, sous la forme d’un duo…

LD: Ce modèle permet d’alléger une tâche dont j’ai constaté l’ampleur avec les précédentes rédactions en chef. Il suscite toutefois le scepticisme dans les autres rédactions. Il faut dire qu’il fonctionnerait sans doute difficilement dans la plupart des médias, très hiérarchisés. Nous souhaitons à l’inverse préserver l’horizontalité qui prévaut au Courrier. Notre gestion de l'équipe correspondra aux valeurs du journal, nous serons à l'écoute.

GK: Quant au duo, c’est une question de circonstances. Dans trois ans, nous ferons un bilan. Si l’équipe et la NAC (Nouvelle association du Courrier, éditrice du journal, ndlr) sont satisfaites, si nous en avons encore l’énergie, nous continuerons.

 
Le Courrier
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