Dimanche, 24 septembre 2017

Pauvre Suisse

Jeudi 24 novembre 2016

C’est une facette moins facile à exporter que l’image d’une Suisse propre en ordre, dévouée à l’industrie du luxe et aux banques. Et pourtant, plus d’un million de personnes sont concernées par la pauvreté dans le pays. Certaines y sont directement confrontées, quand d’autres risquent d’y basculer au moindre imprévu. Divorce, dettes accumulées, emploi perdu, un ou plusieurs enfants à charge, logement précaire... L’indépendance financière tient parfois à un fil ténu, et la sacro-sainte «classe moyenne» n’est pas épargnée.

Malgré son ampleur, la pauvreté reste invisible a expliqué le professeur Jean-Pierre Tabin mardi, au cours d’un colloque national sur la question. Spécialiste des frontières de l’Etat social, il a souligné le problème du «non-recours», soit les personnes éligibles aux prestations mais qui ne les touchent pas. Pour certaines, c’est un choix: le discours stigmatisant et culpabilisant autour de l’aide sociale, les chicaneries administratives, la mise à nu que cela implique sont autant de barrières. D’autres ignorent tout simplement leurs droits, ou se voient signifier un refus par l’Etat, sans connaissance des voies de recours possibles.

Les chiffres de l’aide sociale cachent une frange fragile et précarisée de la population. La moitié des ayants droit ne touchent pas ce qu’ils pourraient légitimement demander, ou sont absents des statistiques, ou encore ne se présentent pas aux guichets de l’administration pour expliquer leur situation. Leur nombre est bien supérieur à celui des «fraudeurs» que la droite se plaît à mettre en avant, à l’heure de sabrer dans les budgets.

Mardi, les participants au colloque se sont émus face au problème, tandis que pour le conseiller fédéral Alain Berset, «personne ne devrait vivre dans la pauvreté». Mais les voix se font plus rares à l’heure de défendre ouvertement une simplification du système, un renforcement du filet social, des investissements dans la formation, les bourses d’études, les rentes vieillesse, les aides familiales ou au logement... Ce fut le cas il y a quelques mois, avant la votation sur l’augmentation des rentes AVS. Certes, admettait alors la majorité politique, elles ne permettent pas à chacun d’en vivre dignement. Mais, opposait-on, il suffit d’entreprendre les démarches pour toucher les PC, les fameuses «prestations complémentaires». Un discours soutenu par le même Alain Berset.

Fermer les yeux sur la pauvreté ne la fait malheureusement pas disparaître. Pas davantage que les belles paroles sans concrétisation. Plutôt que de cacher le phénomène sous le tapis à chaque révision de l’assurance vieillesse, chômage, invalidité, maladie ou autre, il serait temps d’en prendre enfin toute la mesure. Et de se souvenir qu’une bonne partie de la population serre les dents en se demandant comment elle paiera son assurance-maladie à la fin du mois.

En lien avec cet article: 

La pauvreté: un fait en Suisse

Le risque de pauvreté dépend largement de la situation familiale et du niveau de formation, a rappelé la Conférence nationale contre la pauvreté. Les groupes les plus exposés sont – sans surprise – les familles monoparentales, les personnes vivant seules et les personnes sans formation professionnelle. Près de 370 personnes se sont réunies mardi à Bienne, afin d’en débattre ...
 
Le Courrier
Vous devez être loggé pour poster des commentaires