Mardi, 30 mai 2017

Le syndrome idéfix

Lundi 07 novembre 2016

 

Les citoyens de la Ville de Genève accepteront-ils, le 27 novembre, le crédit de 8 millions de francs pour réaménager les allées périphériques de la plaine de Plainpalais? Le compromis proposé par les autorités bat de l’aile depuis que ses fondements se sont effondrés en même temps qu’un marronnier en septembre. Chute qui a entraîné l’abattage en urgence de 50 arbres.

Car la nature a révélé les limites du projet. Pour sauver cette dernière étape de la rénovation de la plaine, le magistrat Rémy Pagani, suivi par le délibératif, a tenté d’amadouer les défenseurs des arbres en les préservant quasi tous. Le compromis? Pas touche à ceux du côté de l’avenue du Mail, où un réaménagement a minima est opéré, tandis que des dizaines, de l’autre côté, sont transplantés. Selon une expertise de 2013, c’était jouable. Mais l’été sec de 2015 a changé la donne puisque le nombre d’arbres à sauver a fondu après les récents abattages massifs.

Etait-ce juste un apéritif? Le Conseil municipal a demandé que des experts vérifient avant la votation si les 39 arbres qui restent à transplanter pourront bien l’être. N’est-il pas légitime d’en douter, sachant que 50 spécimens supposés vivoter encore dix-quinze ans ont été coupés dans l’urgence? N’est-il pas légitime de voter en connaissance de cause?

Le refus de l’exécutif de procéder à ces études alimente le soupçon qu’il cherche à passer en force. Il n’explique pas non plus pourquoi, s’il en allait de la vie de passants, il a attendu treize jours entre l’abattage des 16 premiers arbres et celui des autres, sans même assurer un périmètre de sécurité. Comme si les théories du complot n’avaient pas assez de carburant, M. Pagani récolte des signatures pour le oui au nom de maraîchers et l’un des architectes dépose une liste en faveur de son mandat – pardon, du projet.

Cela ne suffit pourtant pas à enterrer le réaménagement, même partiel. Car les allées, très utilisées, sont en piètre état. Elles méritent d’être élargies pour faciliter la déambulation et le travail des maraîchers. Quant aux arbres, ils seront, du moins d’un côté, plantés dans de meilleures conditions et mieux protégés. Après tout, la place du Marché, à Carouge, s’est bien remise de l’abattage des platanes.

La chute du marronnier a montré qu’il était vain de préserver des arbres en petite santé, malgré ce qu’en pensent tous les dendrologues autoproclamés, qui poussent l’indécence jusqu’à comparer la plaine à une scène de crime. Faut-il quand même voter non pour qu’émerge un réaménagement complet impliquant de remplacer tous les arbres? Cette position socialiste est cohérente, mais politiquement hasardeuse. Un non risque de repousser tout réaménagement aux calendes grecques.

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Le Courrier
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