Vendredi, 20 octobre 2017

Burqa blablas

Vendredi 02 septembre 2016

 

En Europe, un débat enflamme les opinions : faut-il ou non légiférer pour interdire la burqa? À croire qu’aucune question plus grave ne préoccupe le continent. En Suisse, 71% des personnes interrogées voteraient pour. Cette ferveur divise aussi les partis.

Le désarroi engendré par les attentats terroristes (re)devenus familiers sur sol européen explique en partie la tournure que prend le débat; les boussoles sont déréglées, les inquiétudes réelles. Mais l’exploitation qui en est faite l’explique bien plus. En Europe et en Suisse, des élections à venir poussent les partis au racolage: la campagne de l’UDC vaudoise pour les cantonales d’avril 2017 a pris pour cible les musulmans, et le comité d’Egerkingen (déjà auteur de l’initiative antiminarets) récolte des signatures pour interdire le voile intégral.

En quoi une interdiction de la burqa apporterait-elle la moindre réponse au malaise qu’éprouvent certains face à une religion méconnue et mise en relation, qu’on le veuille ou non, avec les attentats? Mystère. Ethique, républicaine, l’injonction à dévoiler son visage peut se comprendre. Sécuritaire, elle est grotesque: les kamikazes se font sauter sans l’aide d’une burqa.

Les Églises, susceptibles de vouloir défendre la liberté religieuse, n’ont pas encore fait entendre leur voix. À l’exception du président de la Fédération des Églises protestantes (FEPS), qui souscrit «à titre personnel» à l’interdiction. Gottfried Locher a choisi de dénier à la burqa tout lien avec la religion, le port du voile n’étant pas prescrit par le Coran. Ce qui peut apparaître comme une tentative bienvenue de «séculariser» le débat peut aussi être une façon de nier que l’islam s’inscrit dans une culture. Et qu’il n’est pas un bloc monolithique, exactement comme le christianisme, mais que différents courants le traversent, des plus libéraux aux plus rigoristes, dont la burqa est une émanation – certes déplaisante. Auquel cas la position de M. Locher renforcerait surtout les raccourcis et les amalgames – et on attendrait mieux de la part d’un homme d’Église.

Le monde a changé, et sa lecture avec. Non, la burqa n’est pas le symbole du terrorisme. Et, oui, les femmes sont aussi libres de leurs vêtements que les hommes. Si elles subissent des pressions, c’est à celles-ci qu’il faut s’intéresser, par une prise au sérieux de l’article pénal sur la contrainte, par l’éducation. Pas par une initiative qui concernera quelques dizaines de personnes en Suisse, mobilisera des forces de police, et pour trouver quoi? Sans oublier qu’une interdiction bénéficierait aussi à ceux qui font de la victimisation leur fonds de commerce.

 
Le Courrier
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