Vendredi, 24 novembre 2017

Enfin la paix?

Vendredi 26 août 2016

L’accord de paix tant espéré a été signé en Colombie, enfin. Cela faisait cinquante-deux ans qu’on l’attendait – depuis 1964, si l’on prend pour repère l’année de la fondation de la guérilla des FARC, la plus ancienne du continent latino-américain. En réalité, depuis 1948, année de l’assassinat du leader libéral et candidat présidentiel Jorge Eliecer Gaitan, qui pour la première fois incarnait les aspirations des plus pauvres, dans les villes et dans les campagnes, et dont la mort tragique devait déclencher une guerre civile, cette «Violencia» jamais résolue (lire notre rappel historique en page 11).

Certes, il y a eu les grandes démobilisations historiques de la fin des années 1980 – un processus qui a abouti la nouvelle Constitution de 1991. Sans résoudre le conflit de fond. Aujourd’hui, pour la première fois, la malédiction d’une guerre héritée de génération en génération semble s’éloigner, grâce à l’accord entre ses plus anciens acteurs.

Pourquoi a-t-il fallu attendre ce moment historique jusqu’au 24 août 2016? Parce que les causes structurelles – absence de véritable réforme agraire, intérêts privés, groupes paramilitaires et leurs alliés politiques, entre autres – n’avaient jamais été mises au centre de dialogues de paix avec suffisamment de détermination. Les six grands thèmes de l’accord final de paix, négociés au cours des quatre dernières années, en témoignent: réforme rurale intégrale, participation des FARC à la vie politique, mécanismes de fin du conflit, cultures illicites et narcotrafic, victimes et justice transitionnelle, et application, vérification et approbation de ces accords de paix.

Dans l’immédiat, ce dernier point est la clé du «post-conflit»: peu après la conférence de presse des délégations du gouvernement et de la guérilla, à La Havane, et de la signature de l’accord final de paix, le président Santos a annoncé la tenue du référendum par lequel le peuple colombien approuvera ou rejettera cet accord le 2 octobre prochain.

Si les organisations sociales et la grande majorité des partis politiques soutiennent le «oui», les principaux partisans du «non» ont une réelle influence, tel l’ex-président Alvaro Uribe et son parti le Centre démocratique, le Parti conservateur et Andrés Pastrana, l’ancien chef de l’État qui avait mené les négociations inabouties de San Vicente del Caguán de 1999 à début 2002.

Autre point essentiel: d’ici au scrutin, les FARC vont tenir leur dixième conférence pour expliquer tout à la fois les accords de paix à leurs troupes estimées à environ 8000 hommes et femmes, et indiquer les étapes par lesquelles, au lendemain du plébiscite du 2 octobre, si le «oui» l’emporte, la guérilla cessera d’exister en tant qu’organisation armée pour devenir une organisation politique.

Happy end? Pas tout à fait: l’ELN, dernière guérilla du conflit, traîne des pieds pour s’engager elle aussi dans des négociations de paix. Et les groupes paramilitaires et mafieux exercent leur terreur dans de nombreuses régions – d’où l’engagement du gouvernement à lutter contre eux et leurs alliés. Le post-conflit est plus que jamais le temps de tous les espoirs – et encore celui de nombreux dangers. I

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