Lundi, 20 novembre 2017

Cachez ce succès qu'on ne saurait voir!

Mercredi 20 juillet 2016

Le passage aux «35 heures» sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin (1997-2002) a permis une décrue, importante et de longue durée, du chômage en France. La conclusion d’un volumineux rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) est sans appel: en réduisant de quatre heures par semaine la durée légale moyenne de travail, la France est parvenue à créer des centaines de milliers d’emplois sans mettre en danger la sacrosainte «compétitivité» du pays.

Qualifiée de prudente par Le Monde, l’étude de l’IGAS fait intervenir une quarantaine d’experts et recoupe des données portant sur deux décennies. Ses conclusions auraient dû ravir le gouvernement socialiste, lointain héritier de Lionel Jospin et de Martine Aubry, et alimenter le débat public à l’heure où le président François Hollande affirme jouer son va-tout contre le chômage en révisant le code du travail. Il en est bien sûr allé tout autrement.

Le rapport, révélé lundi par la presse hexagonale1, a été enterré en mai dernier par la direction de l’IGAS, au moment même où le premier ministre Manuel Valls faisait passer en force sa «loi travail» au parlement. Un dispositif dont l’une des caractéristiques est, au contraire, de faciliter l’allongement de la durée du travail et le recours aux heures supplémentaires…

Prenant la hauteur qui manque visiblement aux dirigeants français, les rédacteurs du rapport constatent une tendance globale à la baisse du temps de travail dans le monde. Dès lors, «la question n’est pas tant de se prononcer pour ou contre […] mais plutôt d’identifier quelles sont les modalités d’une réduction la plus efficace possible», estiment-ils. Et là, tant la flexibilité contrainte des horaires que l’encouragement au temps partiel se montrent moins créateurs d’emploi, voire carrément destructeurs de postes de travail.

Nous décrivions, dans notre édition d’hier, les ressorts stratégiques et organisationnels de la liquidation en cours du Parti socialiste français. Mais ce suicide est aussi idéologique. Aux abois, la clique issue du PS et regroupée autour de Hollande, Macron et Valls est prête à toutes les manipulations pour faire avaler aux Français son adhésion au consensus néolibéral européen. Jusqu’à effacer les succès socialistes du passé, à la façon dont leurs homologues communistes effaçaient naguère de la photo un camarade tombé en disgrâce. I

 

 
Le Courrier
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