Vendredi, 24 novembre 2017

Pauvres polémiques cannoises

Lundi 09 mai 2016

Cannes, J-2. Et pas l’ombre d’une polémique à l’horizon. Mais cela ne saurait tarder, puisque l’attention médiatique dont bénéficie le festival les appelle – aussi futiles soient-elles. Il y a bien eu jeudi un coup de gueule d’Yvan Attal, fâché que son film Ils sont partout (une comédie qui se moque des clichés sur les juifs) n’ait pas été sélectionné. Des dé­çus, il y en aura toujours; et pas de quoi crier à l’antisémitisme. Il faudra trouver mieux. Plus consistant aussi que le scandale vestimentaire de l’édition 2015, sur le port prétendument imposé des talons hauts pour la montée des mar­ches... En parlant de talons aiguilles, il y avait cette année du potentiel chez Pedro Almodóvar. Mis en cause dans les Panama Papers, le cinéaste a annulé une partie de sa tournée de promotion en Espagne, mais il viendra présenter Julieta sur la Croisette.
Restent les inévitables critiques sur la sé­lection des films en compétition. «Toujours les mêmes», vieux refrain entonné par Le Parisien qui, parmi les vingt-et-un réalisateurs en lice, recense quatorze habitués dont plusieurs palmés (les frères Dardenne, Ken Loach...). Le festival est donc fidèle à ses auteurs et on ne saurait le lui reprocher. Pas assez de femmes? Elles sont trois en 2016: Nicole Garcia, Andrea Arnold et Maren Ade. C’est déjà ça, et personne ne souhaite qu’on instaure des quotas. Trop de Fran­çais? Il y en a certes quatre (Nicole Garcia, Olivier Assayas, Bruno Dumont et Alain Guiraudie), mais de là à parler de «préférence nationale»... Enfin, manque de diversité géographique? Si l’Europe et l’Amérique du Nord trustent comme toujours la compétition, celle-ci ne peut préten­dre embrasser tous les cinémas du monde.
Plutôt que le profil imparfait de la sélection, les déclarations oiseuses de Lars von Trier ou l’absence prévisible de Godard, on souhaiterait que les films eux-mêmes fassent débat – et pas seulement pour quelques scènes osées, comme Love de Gaspar Noé l’an dernier. Ce n’est en effet plus si courant à Cannes, manifestation enfermée dans sa bulle glamour et qui célébre l’art pour l’art. La politique ne s’y invite que de force. Comme en Mai 68, quand la manifestation fut interrompue dans la foulée de l’affaire Langlois (fondateur et directeur de la Cinémathèque française limogé par le ministre Malraux). Les cinéastes frondeurs – dont Godard, Truffaut, Malle et Polanski – voulaient révolutionner le festival. Leurs velléités ont fait long feu. Aujourd’hui, alors que le mouvement Nuit Debout se déploie aux quatre coins du pays, ce vent de révolte soufflera peut-être jusque sur la Côte d’Azur. On peut rêver.

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