Mardi, 25 juillet 2017

La toile du patriarcat

Mardi 08 mars 2016

8 mars. Comme chaque année, la Journée des femmes irrite. Car elle étiquette les femmes comme aucune ne peut le souhaiter, ramenées au rang d’espèce menacée alors qu’elles constituent la moitié de l’humanité. Comme chaque année, Le Courrier reste bien décidé à marquer le coup. Parce que l’inégalité des droits entre hommes et femmes reste criante dans de nombreux domaines, comme le montre notre dossier consacré au patriarcat. Mais pourquoi, à l’heure où les pères n’ont plus rien à dire sur le compte en banque de leurs filles, ni sur leur métier, ni sur leur destinée, s’intéresser à un terme qui fleure bon les années 1960? Parce que, racontent nos intervenants et intervenantes, des décennies de luttes féministes n’ont pas suffi à mettre cul par-dessus tête cette loi plus ou moins tacite qui étouffe nos sociétés.

Au fil du dossier, des exemples aussi divers que la visite médicale, le travail, la politique, la publicité ou la sortie nocturne montrent que les femmes ont toujours fort à faire pour se dépêtrer de la toile tissée au fil des siècles. S’il était dépassé, ce concept n’aurait d’ailleurs rien dit aux plus jeunes. C’est tout le contraire qui est apparu au fil des témoignages.

Cette hiérarchisation des sexes n’entrave pas seulement les femmes: «On ne naît pas plus homme que femme, on le devient», note une historienne: l’identité masculine a elle aussi été façonnée – déformée – par le sexisme. Etre assigné à un rôle de domination ne laisse personne indemne.

Mais les rapports de pouvoir transcendent le genre. C’est précisément pour éviter de confondre le patriarcat avec d’autres dominations culturelles que le sociologue Eric Macé propose ici d’envisager la sortie de cette idéologie – sans nier la prégnance de nos héritages. Plus généralement, interroger le fonctionnement du patriarcat revient à pointer les différentes formes de dominations profondément intégrées dans notre quotidien.

Alors que s’engage en Suisse une nouvelle bataille politique, qui veut repousser à 65 ans l’âge de la retraite des femmes au nom d’une égalité loin d’être atteinte, il valait la peine de rappeler la vigueur du modèle idéologique qui corsète nos sociétés. Car il y a un opportunisme évident à le disqualifier, pour mieux occulter les réalités qu’il recouvre.

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