Mardi, 25 avril 2017

Triple mandoline pour une légende

Mardi 24 novembre 2015
Le son de l'instrument sera spatialisé à travers le BFM par une batterie d’enceintes.
CLAUDE ROUQUETTE/DR/DUSTIN RABIN

JOHN PAUL JONES • Le bassiste de Led Zeppelin branche samedi sa mandoline ­­ à trois manches sur l’Acousmonium du festival Présences électroniques au BFM, à Genève. Interview.

«Black Dog», «Kashmir», «Whole Lotta Love»: la basse de John Paul Jones a propulsé le hard rock de Led Zeppelin dans l’histoire. Elastique et funky sur «Trampled Under Foot», elle fut volontiers troquée contre un clavier, voire une mandoline sur le folkissime «Battle of Evermore». John Paul Jones a toujours brillé par son éclectisme: récemment, il s’est invité aux côtés du groupe de free-jazz expérimental norvégien Supersilent.
C’est aujourd’hui l’Acousmonium du GRM (groupe de recherche musicale) de Pierre Schaeffer, forêt d’enceintes dispersées au BFM par Présences électroniques, qui attire le Britannique à Genève. Coup de fil avant un concert très attendu, samedi: John Paul Jones sera muni de sa mandoline à trois manches, le son trafiqué en direct et spatialisé.

On vous savait à la fois bassiste et claviériste, capable de jouer du jazz, du rock, du funk et du blues, mais on est surpris de vous retrouver dans un festival dédié aux musiques électroniques et électroacoustiques. Quel est votre degré d’intérêt pour celles-ci?
John Paul Jones:
En fait, je me suis mis à la musique électronique dès 1970. J’avais un synthétiseur EMS VCS3, que j’ai employé dans Led Zeppelin par exemple sur le morceau «In The Light» (sur l'album Physical Graffiti en 1975, ndlr). J’ai continué à expérimenter dans mon coin, j’ai joué au festival de musique contemporaine de Huddersfield, composé une pièce pour Merce Cunningham et plus récemment, improvisé avec Supersilent. Mon intérêt pour la musique expérimentale est donc réel. A la fin des années 1980, j’ai découvert le logiciel Kyma: couplé à un processeur, il me permet de jouer «live» avec des sons électroniques.

L’autre curiosité est la mandoline à trois manches. Est-ce celle que vous utilisiez avec Led Zeppelin?
Non, celle-là est à la retraite (il rit). Il s’agissait d’une mandoline couplée à une guitare acoustique six cordes et à une douze cordes. Là, ce sont trois mandolines en une: soprano, ténor et basse. C’est différent, mais pas moins spectaculaire.

Qu’avez-vous prévu de jouer à Présences électroniques?
Tout d’abord, je me réjouis d’utiliser l’Acousmonium: je ne l’ai vu qu’en photo et il est très impressionnant. Je vais brancher mon instrument à travers un processeur pour créer des boucles en direct. Mon canevas sera assez souple pour me permettre d’improviser. Ensuite, ce sera aux ingénieurs de spatialiser le son. Je suis curieux d’entendre le résultat.

La mandoline est clairement votre seconde passion, après la basse. Au départ, ce n’est pourtant pas un instrument très rock...
J’ai acheté ma première mandoline il y a quarante-cinq ans. Nous tournions aux Etats-Unis avec Led Zeppelin, je cherchais un instrument facile à transporter et j’ai déniché une mandoline dans une boutique de seconde main de l’Indiana. Et me voilà aujourd’hui avec ce modèle à trois manches. Heureusement, son concepteur a fait en sorte qu’elle se plie pour entrer dans un étui.

Qu’a-t-elle apporté à votre jeu?
Son accordage par quintes (comme un violon, ndlr) offre un large éventail d’harmonies sur le manche. Avec le modèle à triple manche, le registre va du plus aigu au plus grave, le champ est immense. N’ayant jamais été guitariste, j’ai développé un goût particulier pour cet instrument. L’introduire dans un cadre rock’n’roll a permis d’enrichir la palette de Led Zeppelin. J’ai aussi accompagné Dave Rawlings Machine, un groupe de bluegrass folk. On peut jouer de tout à la mandoline.

Vous êtes d’ailleurs parrain du Festival international de mandoline de Lunel, près de Montpellier.
J’adore ce festival, on y croise plein de gens avec de petits instruments (il rit). Et des virtuoses comme Hamilton de Holanda ou Mike Marshall. On y entend de la musique classique, du bluegrass, du choro brésilien, de la musique indienne, du jazz...

Est-ce important pour vous de continuer à apprendre?
J’ai toujours écouté toutes les musiques, je me fonds dans n’importe quel groupe. En ce moment, j’écris un opéra lyrique, un challenge d’un tout autre ordre. Je devrais être en mesure de le présenter en 2016, mais j’ignore encore où.

Il y a quelques années, vous avez enregistré un disque et donné des concerts avec Them Crooked Vultures, un «power trio» formé avec Dave Grohl et Josh Homme. Une suite est-elle prévue?
Pourquoi pas? C’était plutôt bon et je retenterais bien l’expérience. J’ai revu Dave il y a deux mois lors d’un concert des Foo Fighters, où je les ai rejoints sur scène pour un morceau. C’est toujours un plaisir de jouer avec eux.

Dave Grohl, Josh Homme, Jack White et bien d’autres sont des fans inconditionnels de Led Zeppelin. Est-ce une fierté d’avoir fait partie d’un groupe aussi influent?
Bien sûr! Quand de jeunes musiciens viennent vous dire qu’ils se sont mis à la basse, à la guitare ou à la batterie grâce à Led Zeppelin, c’est très gratifiant. Nous sonnions différemment des autres groupes de l’époque, nous avions une grande diversité d’influences, jazz, rhythm’n’blues, folk, cela nous distinguait des standards du rock’n’roll. Oui, je suis fier de ce que nous avons accompli.

 

Sa 28 novembre, 20h30, 2 pl. des Volontaires. Loc: Sounds (Genève), Disc-à-brac (Lausanne), www.starticket.ch
Présences Electroniques Genève, du 26 au 28 novembre à Genève: www.presenceselectroniques.ch

 
Le Courrier
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