Mercredi, 18 octobre 2017

Mauvaise comédie

Jeudi 01 octobre 2015

Pas question de creuser la dette: les élus du Parti libéral-radical (PLR) siégeant à la commission des travaux du Grand Conseil genevois y ont fait échouer le financement cantonal de la Nouvelle Comédie. Coulé, le projet phare de la scène théâtrale? Prudence, car l’acte
final se jouera en séance plénière.
Que le parlement décide ou non de payer sa part (45 millions de francs, 53 millions étant à charge de la Ville de Genève ), les réticences du PLR sont éloquentes. Ce parti joue dans cette affaire le rôle d’arbitre entre l’extrême droite et la gauche, alliée aux démocrates-chrétiens.
Que le MCG et l’UDC refusent un tel crédit pour un théâtre, nulle surprise. Car ces partis privilégient le sport, suivant une ligne constante de dénonciation des prétendues «élites» culturelles. Mais voir une partie – déterminante? – du PLR jeter par-dessus bord un théâtre nécessaire marque un tournant. On savait que l’humanisme, au sein du parti de l’économie, n’était plus qu’un spectre errant. Désormais, la culture sera-t-elle à son tour un vilain mot dans son dictionnaire affairiste et néolibéral?
Observons la mauvaise comédie que nous joue le PLR, et ses contradictions grinçantes. Avec le Grand Conseil, n’a-t-il pas affiché ses ambitions culturelles en votant la Loi cantonale sur la culture? Autre fausse note: le parti gouvernemental inflige un véritable camouflet au Conseil d’Etat, en particulier à son président PLR François Longchamp, qui s’est
fermement engagé sur ce projet.
De quoi se mettre également en porte-à-faux avec le PLR municipal, qui a voté la part de la Ville. Certains députés, en mal de solutions, estiment maintenant que celle-ci devrait tout prendre à sa charge. Faudrait savoir: doit-elle se serrer la ceinture ou pas? Alors qu’il chante à s’en époumoner
ce refrain au Conseil municipal, le PLR est pris en flagrant délit d’incohérence.
Incohérence, encore, car il ne s’agit pas uniquement d’un projet culturel. La Nouvelle Comédie sera le centre névralgique de la future gare des Eaux-Vives, qui s’érigera pour accueillir le CEVA, un développement ferroviaire que tous les partis, UDC et MCG exceptés, ont jugé vital. Or voilà que le train régional, le geste urbanistique, la vision d’avenir seraient aspirés par un trou béant? Y verra-t-on fleurir un énième centre commercial? Au privé de sauver la Nouvelle-Comédie, insinue-t-on au PLR…
Du vent. A l’image de la manœuvre dilatoire consistant à conditionner la part cantonale à une entente entre Ville et canton, avant Noël, sur la prise en charge de la culture à Genève. Bonne chance!
En attendant, les pelles mécaniques sont au taquet, car les travaux autour du CEVA aux Eaux-Vives
débutent en juin 2016 et ne peuvent être
saucissonnés.
Le prétexte de la dette met cette fois en danger un projet prestigieux, dans une ville qui rêve de rayonner sur le plan culturel. Jusque-là, la politique des caisses vides a surtout touché les fonctionnaires et les populations précarisées. Le sort de
la scène théâtrale et le fantasme d’une Genève
provinciale seront-ils mieux en mesure de rappeler l’utilité de l’impôt aux derniers bourgeois
raisonnables?

Vous devez être loggé pour poster des commentaires
Portrait de combier

rayonnement et province

Ah ces mots, ces fameux mots, "rayonner sur le plan culturel" et " une Genève provinciale". On a l'impression d'avoir tout dit en les prononçant. Que sitôt dits, ils doivent soulever les foules pour oeuvrer dans le bon sens. Malheureusement, dits comme cela, vous dites exactement l'inverse.

D'abord vous faîtes fi des artistes actuellement au travail, toute chapelle confondue. Ce qui se passe dans les théâtres genevois et carougeois, c'est du provincialisme, d'un rayonnement tellement limité que cela ne permet même pas de dessiner un cercle, qu'en bref, ce n'est pas de la culture.

Deuxièmement cela préconise une toute autre direction, pardon, un management européen, dont seul un Français, peut-être un Allemand éclairé, pourrait remplir la mission. Vous rêvez d'un théâtre de Vidy II, c'est à dire un théâtre d'où les artistes locaux sont bannis ou persona non grata, car il y a déjà tellement à faire avec les grandes pointures européenne. Ainsi on pourra voir à Genève ce dont on parle dans le journal Le Monde!

Ces mots ( rayonnement et province) sont creux et vous en faîtes un usage d'une bêtise dangereuse. Si Genève possède la volonté de donner les moyens à SES artistes de travailler, qu'ils puissent explorer, grâce à leurs talents divers ce machin qu'on appelle théâtre, alors les autres, les Européens sans le sou, viendront voir ce qui se passe ici, à Genève. Ils vont nous envier d'avoir si bien su gérer la force de travail artistique présente dans cette région. Ils viendront d'un lieu qui sera devenu une province pour admirer à Genève des spectacles variés, touchants, vivants et uniques; et peut-être avoir une forte envie d'y participer.

C'est seulement s'il se passe quelque chose à Genève, à la Nouvelle Comédie comme dans les autres lieux, que l'art théâtral existera réellement. Autrement vous ne ferez de ce nouveau lieu, appelé de nos voeux, qu'un supermarché de la culture pour consommateurs avertis. Genève sera un point de vente de cette culture. Un de plus. Et beaucoup de chômage et de misère pour les comédiens et metteurs en scène d'ici.