Mardi, 12 décembre 2017

Intérêts privés et bien commun

Vendredi 05 juin 2015

L’affaire Christa Markwalder aura eu au moins cela de bon: mettre une nouvelle fois en lumière le poids des lobbys dans la vie politique suisse. Si la députée libérale-radicale a été blanchie en début de semaine – les secrets qu’elle aurait imprudemment balancés à ses stipendiaires kazakhs étaient de polichinelle –, elle n’en subit pas moins un dégât d’image.
Hier, les tenants de davantage de transparence en matière de tels liens d’intérêts sont revenus à la charge par le biais d’initiatives parlementaires fédérales. Tant mieux. Mais n’en attendons pas trop dans un système qui intègre au plus haut degré cette proximité entre intérêts privés et chose publique.
Dans la plupart des pays, bon nombre de députés suisses croupiraient en prison pour cause de mélange des genres. Lorsqu’un parlementaire tire le gros de ses revenus des conseils d’administration dans lesquels il siège, la charge politique qu’il endosse pèse d’un poids évidemment moindre. Sa loyauté sera celle du ventre, en faveur de celui qui le nourrit – et pour certains, plutôt confortablement.
La question n’est donc pas tant de savoir combien de lobbyistes hantent les couloirs de la Berne fédérale, mais bien de connaître le type de liens qui les unissent à tel député ou tel parti. Lorsqu’on lit que certains se contentent de relayer mot pour mot les propositions prémâchées et rédigées par les porteurs d’eau des milieux économiques, la messe est dite.
De fait, devant les voix plaidant pour un peu de transparence – certains lobbyistes avancent carrément masqués –, on a entendu les tartufferies habituelles qui en appellent à une déontologie en la matière mais se refusent à proscrire ces pratiques. Ne parlons même pas d’un peu de transparence dans le financement des partis.
Ces us sont solidement ancrés dans la vie institutionnelle suisse. Ceci au prétexte de la démocratie de consensus qui veut que des négociations et des arbitrages aient lieu en amont des votes, histoire d’éviter les référendums.
Mais comment ne pas voir que cet appel à la main  invisible du marché est hypocrite. Le rapport de force entre les puissances de l’argent et les travailleurs isolés sur un marché globalisé est totalement asymétrique. En contrôlant les institutions, ce déséquilibre est encore accentué au profit des premières.
L’Etat n’est pas que le lieu de l’arbitrage devant conduire au bien commun. Il est aussi le lieu où l’idéologie dominante déploie toute sa puissance.  Et elle est souvent immense. Face à cela, impossible de faire l’économie d’une réinvention du rôle de l’Etat à la lumière d’une démocratie authentique et à réinvestir.

 
Le Courrier
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