Mardi, 25 juillet 2017

Egypte: prime à la répression

Mardi 19 mai 2015

Seul président élu de l’histoire égyptienne, Mohamed Morsi a donc été condamné à mort samedi par le régime putschiste qui lui a succédé. Il devrait être accompagné sur l’échafaud par une centaine de Frères musulmans, dont le chef de la confrérie, Mohamed Badie.
La décision judiciaire a surpris. Beaucoup d’observateurs pensaient que la précédente condamnation du leader islamiste à vingt ans de prison suffisait à le sortir du jeu sans trop embarrasser les alliés occidentaux. C’était mal connaître la détermination du président-maréchal Abdel Fattah al-Sissi dans sa campagne de terreur. Son message est limpide: rien n’arrêtera le gouvernement dans sa restauration de l’ordre ancien, et encore moins les Frères musulmans, voués à une traque infernale.
Loin de nous l’idée de faire de M. Morsi et de ses «frères» des martyrs de la démocratie. Leur année passée au pouvoir a suffi à démontrer les penchants autoritaires de la confrérie. Reste qu’en comparaison avec la réalité du pouvoir d’al-Sissi, l’ère Morsi fait aujourd’hui figure de paradis perdu! Selon Human Rights Watch, plus de 41 000 personnes auraient été incarcérées pour des motifs politiques entre juillet 2013 et décembre 20141. Sur ce nombre, plus de 7000 auraient passé au moins une année en prison! A ce triste record viennent s’ajouter les quelque 1400 manifestants assassinés et plusieurs centaines de condamnations à morts, dont plusieurs ont déjà été suivies d’effet. De la censure des médias à l’interdiction de manifester, en passant par la violation des droits des femmes ou le trucage des élections, la liste est longue des trahisons du pouvoir militaire à l’égard de la révolution de février 2011 qu’il avait pourtant fait mine de défendre.
Au plan international, cette politique liberticide et répressive n’a pas été sans conséquences: elle a permis à l’Egypte de retrouver un bien meilleur niveau d’investissements étrangers et de restaurer les alliances d’antan. Si l’ami étasunien a d’abord boudé, suspendant son aide militaire, Washington est désormais revenu à la raison géostratégique. Financièrement, l’Arabie saoudite a remplacé avantageusement le Qatar dans le rôle du parrain principal. Quant à la fâcherie avec la Turquie, elle est largement compensée par le retour en amour avec le voisin israélien.
Mais le nouvel allié le plus enthousiaste est sans nul doute à chercher du côté de Paris. L’achat annoncé en février par l’Egypte de 24 «Rafale» pour 5,2 milliards d’euros a débloqué le compteur de l’ex-invendable avion de combat. Depuis, Paris a reçu des commandes fermes de l’Inde et du Qatar (et peut-être bientôt de la Suisse!) et ne sait plus comment remercier son bienfaiteur égyptien. La semaine dernière, tandis que François Hollande parlait droits humains à Cuba, Manuel Valls déroulait le tapis rouge à Paris à son homologue Ibrahim Mahlab pour débattre d’«alliance stratégique» dans la lutte contre le terrorisme ou l’immigration clandestine et évoquer la vente d’un réacteur nucléaire EPR ainsi que d’un tramway pour Alexandrie.
L’histoire ne dit pas si le premier ministre a également essayé, en douce, de lui vendre les deux «Mistral», ces porte-hélicoptères que la France refuse désormais à l’infréquentable Russie de Vladimir Poutine.

  • 1. Amnesty International n’en décompte «que» 16 000.
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