Mardi, 21 novembre 2017

Bienvenue à Charleroi

Jeudi 18 juillet 2013
Une station de métro
Toutes les photos: Olivier Jaquet

Photo • Les lieux délaissés et les antihéros du quotidien sont au cœur d’un livre consacré par Olive à Charleroi, ancien centre minier wallon.
 

Les lecteurs du Courrier connaissent Olivier Jaquet, alias Olive, «né en avril 1986, comme Tchernobyl», dixit son blog. Il y a quelques années, il illustrait dans Le Mag du samedi les pensées de deux zonards philosophes. Mais les habitués du Moloko et du café Gervaise, voire d’un tas de troquets peu recommandables, ont aussi repéré sa silhouette de keupon hilare. En 2009, ce collaborateur du fanzine Zombie Libéré publiait avec un camarade un recensement des Derniers bars avant la fin du monde qui sentait le vécu.

Aujourd’hui, c’est son travail de photographe qui est publié. Fruit de deux séjours en terre wallonne, Soixante photos de Charleroi pose sur cette ville un regard à la fois caustique (on songe à l’univers de Groland et Strip-Tease) mais aussi empathique, et même tendre. Il y a de la mélancolie dans ces visages rougeauds saisis au coin du bar, en pleine euphorie houblonnée. Et dans ces bâtiments industriels désaffectés, ces parkings sans vie, ces décorations de Noël disposées méthodiquement pour «les fêtes».

Toujours prêts à boire
«Je suis attiré par les lieux abandonnés et la misère humaine lorsqu’elle est aussi touchante, remplie d’autodérision, nous explique Olive. J’ai toujours préféré les PMU aux bars à champagne, là c’est pareil, j’ai visité Charleroi plutôt que la côte d’Azur et le Club Med.» Dont acte. Tiré à 250 exemplaires numérotés, format A5, Soixante photos de Charleroi se divise en deux parties, l’une pour les lieux, l’autre pour les gens, évidemment plus durs à ­approcher et à cadrer, surtout après quelques verres. Le résultat, 100% argentique, est très probant.

«Charleroi, tu y arrives avec un point d’interrogation, tu en repars avec un point d’exclamation!» Placée en préambule, la maxime plante le décor. Quelques infos avant la visite: la ville se situe au cœur d’un bassin houiller à l’abandon, jadis appelé «Pays noir». Presque aussi peuplé que Genève mais deux fois moins dense, celui-ci affiche un taux de chômage plus de cinq fois supérieur (26% contre 5%) et un revenu annuel moyen six fois moins élevé (13 000 francs contre 76 000 francs).

On comprend que les habitants, orphelins du charbon, broient du noir. Même si la ville est peuplée de gens «très accueillants, toujours prêts à boire une bière avec les très rares ­touristes égarés». Les clins d’œil abondent: un panneau «défense d’uriner dans la gare» côtoie les édifices au passé glorieux ou plus banals: écoles, commerces, Cercle royal des échecs (sic).

Drôle de voirie
Midinettes en goguette, Hell’s Angel et nazillon exhibant leurs tatouages, fans de karaoké toutes amygdales dehors, bourgmestre corrompu... Olive est allé de surprises en surprises. «J’ai découvert le système de voirie de Charleroi: les éboueurs viennent ramasser les poubelles chez les gens mais ne balaient pas les rues. Si tu jettes un papier, il reste là pour toujours.» Et que dire de l’idée de ce patron de bistrot qui un jour a eu l’idée de convier ses sept maîtresses pour une photo souvenir devant le panneau d’une commune appelée Le Trou? Sur la photo, elles arborent toutes un large sourire.
 

 

Soixante photos de Charleroi, La Puce Nanoéditions, 64 pp couleur, disponible à Urgence Disk (l'Usine, 4 pl. des Volontaires, Genève) et sur www.darksite.ch/lapuce

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