Vivre debout en 2004
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Mauvaise nouvelle: la première puissance mondiale a mené une guerre de conquête sans aucune légitimation internationale et sans fournir le moindre motif crédible. Bonne nouvelle: cette politique d'agression a suscité la première manifestation citoyenne réellement mondiale qui a réuni plus de dix millions d'opposants, dont une partie en Suisse.
Sur un autre plan, les 26 novembre et 1er décembre, les grévistes d'Allpack à Bâle ont reçu leurs lettres de congé, puis la charge de la police contre les piquets de grève. Mauvaise nouvelle s'il en est, immédiatement suivie d'une bonne: les travailleuses-eurs ont résisté, pour finalement barrer la route à l'arbitraire patronal et arracher la promesse de la signature d'une convention collective de travail dans les premiers mois de 2004.
Le 3 octobre, les chambres fédérales ont adopté la 11e révision de l'AVS réduisant tout particulièrement les prestations pour les femmes. Contre cette attaque, toutefois, les syndicats ont fait aboutir le référendum en récoltant 80000 signatures en deux jours seulement.
Depuis des millénaires, la progression de l'humanité alterne ainsi sauts et reculades, démontrant que rien n'est jamais vraiment acquis. Mais aussi que l'espoir et la réalisation d'un avenir meilleur demeurent tant que des êtres humains et des groupements prennent eux-mêmes leurs destinées en main.
Les occasions de (se) manifester ne manquent pas. Sur un plan d'ensemble, les mobilisations contre la mondialisation capitaliste permettent à toute une nouvelle génération de militants d'apprivoiser la lutte collective pour la régénérer. A l'échelon national, les campagnes à venir permettront aux citoyens d'influer sur l'avenir immédiat du pays: en faveur d'un congé maternité payé, contre la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, puis de tous à 67 ans, contre les cadeaux fiscaux aux propriétaires, contre les lois discriminatoires envers les étrangers non européens, pour l'instauration d'une caisse maladie unique retirant le monopole financier de la santé au secteur privé, contre le bétonnage des Alpes, contre l'évasion fiscale protégée par le secret bancaire, contre l'assouplissement des protections des jeunes travailleurs...
Localement, la défense de bureaux de poste menacés, le soutien à l'existence de petits cinémas, l'amélioration du cadre de vie dans les quartiers... constituent autant de possibilités d'agir sur son environnement proche.
Toutes ces parcelles de combats pour la dignité participent du grand mouvement d'émancipation de chacun et de tous vers la liberté. Elles expriment aussi une solidarité élémentaire avec les victimes du système, en particulier celles qui n'ont déjà plus les moyens de réagir elles-mêmes.
Au-delà des difficultés et selon ses (trop) maigres moyens, l'équipe du Courrier appuiera ces luttes, en 2004 et après. Ainsi, nous remercions nos lecteurs qui nous permettent chaque jour –ou presque– de pouvoir encore et encore relater, réfléchir et résister. Nous remercions les lecteurs qui aident le journal à participer, à sa façon, à ce vaste mouvement social, aux côtés de femmes et d'hommes debout. Bonne année!





