UN THÉÂTRE DU RÉEL QUI «FICTIONNE»
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Quand il appelle à la prière, le muezzin est libre de définir son interprétation tonale du contenu de l'Adhan qui, lui, est fixe. Mais dans la capitale égyptienne s'affirme la volonté de «remplacer la polyphonie des appels à la prière par un appel radio commun», souligne Vincent Baudriller, codirecteur du Festival d'Avignon. Dans Radio Muezzin, Stefan Kaegi invite sur le plateau un quatuor de muezzins qui délient leur existence, leur rapport à la religion et à leur travail rémunéré 70 euros par mois. Se plaçant rituellement face aux quatre points cardinaux, ils croisent gestes et témoignages dans un bain sensoriel, mémoriel et intime.
La réalisation évoque, par instants, le diaporama de soi ou les conférences-voyages façon Connaissance du monde. Sur fond d'images colorées du trafic urbain qui étouffe le Caire ou d'intérieurs de mosquée, l'humour n'est jamais absent de Radio Muezzin, création très accomplie scénographiquement et distillant, avec un art consommé du montage dramaturgique et sur une atmosphérique partition électro, un abord multidimensionnel de la condition de muezzin, de ses occupations et préoccupations quotidiennes. Au terme de ce théâtre du réel qui «fictionne» aussi dans le montage transposé de certains témoignages, le «Business Muezzin» – élu pour rester l'une des dernières voix du Caire – se retrouve aux côtés d'un porte-voix. Seule l'enceinte reste éclairée, alors que la pénombre descend sur l'homme se muant en simple silhouette. Tout est dit. BTT





