Mardi, 29 juillet 2014

Un feuilleton documentaire suisse en ce jardin

JEUDI 19 AVRIL 2012
La série documentaire "D’une jungle à l’autre", en avant-première au festival Visions du Réel.
RTS/POINT PROD.

NYON • Présenté ce soir en préouverture du festival Visions du Réel, la série «D’une jungle à l’autre» inaugure une édition très helvétique.

Discipline reine de la production nationale à l’aune de sa renommée à l’étranger, le documentaire suisse est cette année particulièrement bien représenté au festival Visions du Réel, où il se décline dans toutes les sections et formats (lire ci-dessous). Cette 18eédition – la seconde sous la direction artistique de l’Italien Luciano Barisone – commence d’ailleurs vendredi sous les couleurs helvétiques avec la projection de L’Ombrello di Beatocello de Georges Gachot, portrait du pédiatre et violoncelliste Beat Richner, qui a ouvert cinq hôpitaux pour enfants au Cambodge.

Mais c’est aujourd’hui qu’est diffusé le premier film suisse du festival, lors de sa traditionnelle soirée Avant-première. Une séance spéciale où l’on découvrira les trois premiers épisodes de la série D’une jungle à l’autre, présentée dans son intégralité le vendredi 27 avril et dès ce jour-là à la RTS. Ce type de production TV, inédit en Suisse romande, mérite dès lors qu’on s’y attarde.

Une première

Si la télévision alémanique est rompue à l’exercice, la RTS s’essaie en effet pour la première fois à ce sous-genre, avec la société de production genevoise Point Prod. On se souvient bien sûr du formidable Romans d’ados (2010), collection de quatre longs métrages réalisés par Béatrice Bakhti, mais il s’agissait-là d’un format exceptionnel, affranchi du standard de 6 x 26 minutes dont relève D’une jungle à l’autre (bien que la durée de chaque épisode soit ici portée à 35 minutes).
Tourné en Guyane française par Raymond Vouillamoz, ce feuilleton documentaire suit une «aventure thérapeutique» organisée sur l’initiative d’une infirmière de l’hôpital genevois Belle-Idée: six patients souffrant de troubles psychiques ont vécu durant un mois dans la jungle amazonienne et sur les fleuves guyanais chez les Indiens Wayanas et chez les Noirs-Marrons, descendants des esclaves. Ils étaient accompagnés par un psychiatre et trois infirmiers des hôpitaux universitaires de Genève.

Adapté à un format qui flirte volontiers avec la télé-réalité, ce scénario laissait craindre le pire (un Koh-Lanta avec alibi documentaire) autant qu’espérer le meilleur, dans un cadre exotique dont le potentiel de fiction a donné au septième art quelques chefs-d’œuvre –  La Mort en ce jardin de Luis Buñuel (1956) et La Vallée de Barbet Schroeder (1972), entre autres. A la vision des épisodes 1 à 3, on s’avoue «déçu en bien»! De la mangrove à la canopée, les superbes paysages sont au rendez-vous, comme la dynamique de ce groupe en «territoire hostile» se dessine avec ses inévitables tensions lors d’un trek éprouvant.

Voix off envahissante

Si la série a le mérite de dévoiler sous un jour pour le moins inhabituel des maux finalement méconnus (bipolarité, personnalités borderline, etc.), elle montre aussi comment l’expérience bouleverse les rapports entre soignants et soignés, confrontés à l’effort physique et à la vie dans la forêt tropicale. Où l’on découvrira que les malades ne sont pas forcément les premiers à craquer... Ce qui n’empêche pas de s’interroger sur le bien-fondé scientifique d’une telle démarche, qui entend «redonner espoir et confiance à ces exclus de la vie active».

D’une jungle à l’autre n’en reste pas moins une série minutée destinée à une diffusion en prime time, et en porte les stigmates: un rythme soutenu interdisant toute pause (au-delà de quelques interviews face caméra), une voix off envahissante qui explique ce que l’image suffirait parfois à dire et dicte une dramaturgie un rien artificielle – relances feuilletonesques comprises! Difficile aussi, en 35 minutes chrono, de donner la place à trop de personnages et d’intrigues parallèles. Mais il faudra juger la série dans son ensemble, qui doit par nature se déployer dans la durée.

 

LA SUISSE EN FORCE

Si Visions du Réel a toujours accordé une place de choix à la production nationale, en lui réservant notamment la section Helvétiques, l’édition 2012 témoigne de la vitalité du genre en Suisse avec la sélection de 35 films et coproductions de formats divers, auxquels s’ajoutent encore les 34 courts métrages de la collection «La Faute à Rousseau».

Pas moins de sept titres figurent ainsi dans les trois volets de la compétition internationale (quatre longs, deux moyens et un court), tandis que le cinéaste et producteur zurichois Samir est invité à l’un des Ateliers du festival. Au-delà des onze films à l’enseigne des Helvétiques et de quelques séances spéciales, on trouve encore des documentaires suisses dans les sections Etats d’esprit (le meilleur des festivals du monde), Premiers Pas (courts métrages de réalisateurs autodidactes ou issus d’écoles de cinéma) et enfin Port Franc, qui propose une réflexion philosophique autour d’un thème: cette année, «Le défi de la liberté».

 

> Episodes 1 à 3, je 19 avril à 19h au Théâtre de Marens; série intégrale, ve 27 à 14h à la Salle communale de Nyon.
> Le vendredi à 20h10 sur RTS Un, du 27 avril au 1er juin.
> Visions du Réel, du 20 au 27 avril à Nyon, programme complet sous www.visionsdureel.ch

 
Le Courrier
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