Yverdon-sur-metal
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Mercredi, les géants Metallica ont foulé le sol romand pour la première fois. Le Sonisphere Festival a attiré 32 000 fans, tous âges confondus.
Il était environ 22h45 mercredi lorsque le feu d’artifice de fin s’est déclenché, illuminant les flancs de la gigantesque scène du Sonisphere et le ciel d’Yverdon-les-Bains. Le pétard n’était pas mouillé: Metallica a asséné deux heures durant un show dantesque devant 32 000 spectateurs chauffés à blanc par les prestations d’Eluveitie, Gojira, Mastodon, Slayer et Motörhead, sous un soleil radieux tout au long de la journée.
Celle-ci fut longue et exigeante. Pas tant pour les tympans, grâce à l’excellente qualité du son et à la distribution de tampons auriculaires. Mais pour les jambes, qui ont foulé le terrain dès 15h (début des hostilités), tandis que les bars, pris d’assaut à cause de la chaleur, peinaient à suivre la demande. Aucun incident à signaler, aux dires de la Municipalité d’Yverdon: elle tirait hier un bilan à chaud «très positif» de ce défi campé dans un décor superbe – les groupes avaient le lac de Neuchâtel pour horizon, par-delà la marée humaine.
Le bon, la brute...
«On est tous réunis ici par la même passion», nous assurait une fan au moment où Metallica entamait son set. La trentaine, l’œil bleu vif, elle confiait avoir vu Metallica pour la première fois étant enceinte: «Personne ne joue des coudes, tout le monde se respecte.» C’est vrai, c’est frappant, le public hétéroclite – littéralement âgé de 7 à 77 ans, look excentrique ou passe-partout – semble ne faire qu’un pour ce premier concert sur sol romand de Metallica en plus de trente ans de carrière.
Il est 20h30 quand le quatuor prend possession de la scène au son de sa traditionnelle intro – le thème du Bon, la Brute et le Truand signé Ennio Morricone. Devant un impressionnant mur d’enceintes, James Hetfield (guitare tranchante et baryton rugissant), Kirk Hammet (soli flamboyants), Lars Ulrich (batteur inégal, pour ne pas dire plus, souvent à la peine ce soir-là) et Robert Trujillo (bassiste au look de rappeur «gangsta» latino, jeu solide) se lancent dans un court best-of d’antiquités («Hit the Lights», «Master of Puppets», «For Whom the Bell Tolls»). Pause éclair avant le plat de résistance: l’interprétation intégrale du «Black Album», emblématique enregistrement de 1991 qui propulsa Metallica au rang de superstar lucrative (30 millions d’exemplaires vendus).
En entier oui, mais à l’envers, en terminant par le hit «Enter Sandman», sur lequel tant de guitaristes en herbe se sont durcis les doigts. Les écrans géants – un sur chaque côté et un troisième occupant tout l’arrière-plan – multiplient les zooms sur les gestes techniques et les mimiques des musiciens, qui occupent l’espace et s’aventurent régulièrement sur la passerelle aménagée à l’avant-scène. Quand vient la ballade «Nothing Else Matters», les portables remplacent les traditionnels briquets. Histoire de dire «j’y étais»...
Leçon de «speed»
A cette débauche grandiloquente, on a pu préférer le flegme débonnaire de Motörhead et de son mythique leader au look de biker, Lemmy (66 ans dont presque 50 passés sur la route). «Vous voulez qu’on baisse le son? Non? Qu’on le monte? Ça va être difficile, je suis déjà sur 10.» En forme et toujours assourdissants, les papys britanniques du hard rock ont exhibé de beaux restes. Avant eux, en antépénultième position, Slayer venait d’infliger une leçon jouissive de speed metal frénétique. L’impression d’avoir entendu dix fois le même morceau? Normal. Formé comme Metallica en Californie en 1981, Slayer n’est pas près de composer un tube. Tempo véloce et précis, duo de guitares incisives, et à l’avant, un Tom Araya jubilatoire: le bassiste-hurleur d’origine chilienne, barbe poivre et sel, toise l’assistance en déclinant les milles et unes façons de mourir, sourire de Joker sardonique. C’est pour du beurre!
Les Américains Mastodon (en dépit de coupures de son répétées), les Français Gojira et les Alémaniques Eluveitie n’ont pas démérité. Le public en a eu pour son argent (124 francs, 174 pour figurer dans le cercle des privilégiés) et le Parc des Rives du lac, qui n’a semble-t-il pas trop souffert, pourrait bien voir d’autres événements d’envergure fleurir sur son gazon.
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