Dimanche, 19 mai 2013

Sobriété cher payée

LUNDI 05 DéCEMBRE 2011

Les vingt-deux jets de combat suédois Gripen choisis mercredi dernier par le Conseil fédéral pour remplacer les Tiger décolleront-ils un jour de Suisse? Rien n’est moins sûr. D’abord, il s’agira de convaincre le parlement, où les défenseurs d’un nouvel avion ne voulaient pas le moins cher, mais le plus moderne. A l’inverse, le peuple pourrait avoir du mal à avaler une dépense de 3,1 milliards qui pourrait engendrer, en contrepartie, des coupes sévères dans d’autres domaines comme la formation, les transports, l’agriculture, la coopération au développement ou la politique sociale. Le Groupe pour une Suisse sans armée a d’emblée promis de tout faire pour soumettre, avec une large coalition, la question des avions de combat au verdict du peuple. Samedi, le Parti socialiste lui a emboîté le pas en annonçant qu’il lancerait un référendum en cas de restrictions budgétaires ou d’augmentation des dépenses militaires justifiées par l’achat de nouveaux avions. Le parti, qui avait choqué la Suisse militariste en affirmant sa vision d’un pays sans armée, se dit même prêt à lancer une initiative pour un moratoire sur l’achat de nouveaux appareils.

Car le gouvernement a beau avoir présenté cet achat comme celui de la raison, sa nécessité reste à démontrer. D’abord parce qu’aucune menace militaire réelle ne pèse sur la Suisse, à tel point que certains stratèges sont obligés d’imaginer des cohortes de gueux venant d’une Grèce en crise pour justifier l’existence d’une armée... Mais, même en admettant qu’il faudrait de nouveaux avions, notre enquête démontre qu’il existait des alternatives plus économiques que le Gripen.

Bien sûr, on évite le pire puisque le joujou suédois est – dit-on – 1 milliard moins cher que le bijou français, le Rafale de Dassaut dont aucun pays ne veut. Mais de là à faire passer cette dépense pour un exemple de modestie, il y a un pas à ne pas franchir. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans un budget militaire de 5 milliards de francs voulu par le parlement afin de financer une armée à cent mille hommes, soit 600 millions de francs de plus que ce qui était budgétisé dans le plan financier. Ensuite, il s’agit de rappeler qu’en 2008 le programme de remplacement du Tiger était devisé à 2,2 milliards. Enfin, le prix du Gripen semble inexplicablement élevé. Ce ne serait pas la première fois que des achats militaires auraient été surévalués… pour le plus grand bonheur de l’industrie militaire suisse puisque ces achats sont en général compensés par des «contre-affaires». Un mécanisme qui ne favorise pas la rigueur budgétaire.

Acheter vingt-deux avions alors qu’il paraît que c’est la crise: la Suisse jettera-t-elle cet argent en l’air?

En lien avec cet article: 

Armée: du gaspillage dans l’air

Le ministre suisse de la Défense, Ueli Maurer, a présenté mercredi dernier l’achat de vingt-deux avions de combat Gripen comme le choix de la raison. A côté de ses concurrents de Dassault (le Rafale) et d’EADS (l’Eurofighter), «sensiblement» plus chers, l’appareil du constructeur suédois Saab serait le mieux adapté à la pointure de l’armée suisse. Il constituerait ...
Vous devez être loggé pour poster des commentaires