«Rien ne nous arrêtera!»
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

FRANCE • Une première dans l’histoire des présidentielles: les deux favoris ont tenu des rassemblements le même jour dans la même ville. Echos du meeting de François Hollande.
Depuis Henri IV, on sait que Paris vaut bien une messe. Hier, la Ville Lumière a valu et vécu une première dans la petite histoire des élections présidentielles. Jamais auparavant, en effet, deux favoris pour l’Elysée n’y avaient rivalisé aussi ouvertement: ils ont tenu des rassemblements de masse le même jour et au même moment. Dans ce choc de titans, c’était à celui qui réussirait la démonstration de force la plus éclatante.
Pour contrer le meeting sarkozyste géant de la place de la Concorde – «place de la Discorde», l’a rebaptisée le PS, pour ce «président qui n’a pas cessé de diviser les gens» –, François Hollande avait opté pour le château de Vincennes. De Gaulle, jadis, envisagea d’y installer le siège de la présidence. Le noble donjon compta, parmi ses hôtes illustres, Mirabeau, Diderot, d’Artagnan ou Mazarin. Et, dans ses douves, Bonaparte fit fusiller le duc d’Enghien.
Familles nombreuses
Plus prosaïquement, le lieu est bien desservi par les transports en commun. Il symbolise cet Est parisien dont les arrondissements étaient socialistes avant même que la capitale bascule à gauche, en 2001. Et l’esplanade pouvant accueillir 140 000 personnes autorise tous les rêves de grandeur.
Le PS y a érigé une scène énorme pour son présidentiable: 420 m2 de surface. Il a dû déployer 900 barrières métalliques pour canaliser la foule. Parmi elle, des tas de familles nombreuses avec poussettes et enfants. Enormément de jeunes, le visage souvent peint aux couleurs du drapeau tricolore. Un grand nombre de Français issus de l’immigration, africaine ou maghrébine. Des vedettes: Mazarine Pingeot, Jacques Higelin, Cali, Benjamin Biolay ou Sanseverino. Des barons socialistes, passés ou à venir: Lionel Jospin, Ségolène Royal ou Martine Aubry. Et une myriade de quidams.
Justice et réconciliation
Parmi eux, Mickaël: jeune danseur sino-américain, dépourvu de droit de vote donc, mais venu là juste pour vibrer et «vivre l’événement». Solène, une étudiante de 18 ans, qui n’a rien contre la fougue de Jean-Luc Mélenchon mais pense que «c’est François Hollande, le changement crédible». Laura, lycéenne, qui trouve «bizarre et inquiétant» que, selon un récent sondage, Marine Le Pen soit première dans le vote des 18-24 ans. Badlo, Malien, sans-papiers: «Avec Sarkozy, on a souffert.» Antoine, intermittent du spectacle, qui rêve d’«une culture autre que les paillettes ringardes, à la Frédéric Mitterrand». Gilles, militant socialiste et homosexuel pour qui, en ouvrant le mariage et la parentalité à tous, «François Hollande va dans le sens de l’histoire».
Sous des acclamations dignes d’une rock star, le présidentiable apparaît sur la scène. De l’autre bout de l’esplanade, il semble minuscule. «J’entends la clameur! Je mesure la ferveur! J’imagine demain le bonheur qui pourrait être le nôtre si nous parvenons à la victoire, le 6 mai.» Le socialiste adjure ses partisans à continuer à «aller convaincre les Français à ne pas se disperser, ne pas se réfugier dans des votes sans lendemain ou se perdre dans un vote indigne de la grandeur de la République».
Alors que devant lui, des bras tendus par centaines font glisser sur les têtes un drapeau français gigantesque, François Hollande exhorte la foule à «repousser l’anesthésiante euphorie qui confond sondages et élections». Plutôt qu’une droite qui «agite les peurs: peur de l’étranger, peur de l’assisté, peur de l’impôt, peur du désordre, et maintenant peur de la victoire de la gauche», il promet d’être «le président de la justice» et «de la réconciliation».
Fréquemment coupé par des tonnerres d’applaudissements ou de vibrants «François, président!», le favori à l’Elysée invoque les grandes heures de la gauche française. Cite François Mitterrand. Accable Nicolas Sarkozy. Et conclut, dans un fracas des vivats: «Rien, je vous le dis, rien ne nous arrêtera!» I






